En Guadeloupe, la défaillance de l'assainissement met en péril les milieux aquatiques

Le traitement des eaux usées dans l'archipel de Guadeloupe est un problème aussi prégnant que l'eau potable : les stations d'épurations sont dysfonctionnelles et déversent sans traitement les eaux usées dans les milieux aquatiques, dont la dégradation s'accélère. Le lieu est propice à la villégiature. Dans la section Diane, à Petit-Bourg en Guadeloupe, les bords de la rivière La Lézarde, entourés de champs où paissent des vaches et leurs petits, surplombés d'habitations, accueillent bien volontiers les familles qui viennent pique-niquer et se baigner.

Sauf que l'eau, à cet endroit, est jugée par les autorités sanitaires depuis plusieurs années, "de qualité insuffisante" pour la baignade, selon le document de l'agence régionale de santé qui prélève des échantillons dans les milieux aquatiques, pour détecter notamment "deux indicateurs de contamination fécale". "On n'a aucune idée si ce spot est autorisé ou non à la baignade", note mi-gêné, mi-amusé Edouard (le prénom a été changé à sa demande), 35 ans, venu profiter du calme de la rivière avec une amie pour le déjeuner et qui raconte se baigner souvent par ici. "L'eau n'est peut-être pas de bonne qualité, mais c'est comme partout en Guadeloupe".

Car, l'archipel fait face à une crise de l'eau durable tant sur le volet eau potable, que sur celui de l'assainissement, un peu moins regardé, mais que les observateurs s'accordent à qualifier de bombe à retardement depuis déjà plusieurs années, menaçant de rendre les eaux de baignade infréquentables. "Seules quatre des dix-sept stations d'épuration (STEP) de plus de 2.000 équivalent habitant (EH) sont conformes et beaucoup sont à l'arrêt", en 2021, rappelle dans un rapport publié début février la Chambre régionale des comptes de Guadeloupe. Depuis 2023, trois de plus sont entrées en conformités.

- Mortalité animale -

"L'assainissement est le parent pauvre de la gestion de l'eau sur le territoire, les choix politiques ayant été faits en faveur de l'eau potable", souligne Pierre Grimaud, le président de la chambre.

En effet, "le plan pluriannuel d'investissement (PPI - 2023-2027), financé par les partenaires du Syndicat mixte de gestion de l'eau et de l'assainissement de Guadeloupe (SMGEAG), a été réduit par rapport à l'ambition initiale et à la priorisation de l'eau potable, passant de 180 M EUR à 34 M EUR", rappellent les magistrats de la chambre. Un montant permettant à peine de réhabiliter trois nouvelles stations sur les dix non conformes en 2025, et qui exclut totalement les petites stations de moins de 2.000 EH, beaucoup plus nombreuses et toutes défectueuses.

Le rapport écrit encore que, "les réseaux", "mal connus", "vétustes et fuyards, ne collectent qu'un peu plus d'un tiers des effluents rejetés par les usagers de l'assainissement collectif. Et quand les effluents parviennent aux STEP, leur traitement est insuffisant et conduit à des rejets importants et non conformes dans le milieu naturel". "Nous avons déjà plusieurs fois constaté de la mortalité, notamment animale, dans les rivières en aval des Step, ce qui a donné lieu à des procédures de la police de l'environnement", indique Maïtena Jean, cheffe du service patrimoine naturel au Parc national de la Guadeloupe.

Quant au milieu marin, "on sait que le problème d'assainissement est la deuxième cause du déclin du milieu marin après le dérèglement climatique", rappelle Thibaut Glasser, chef du pôle marin du Parc, alors qu'une étude de décembre 2025 établit que "la couverture en micro-algues a augmenté de 85%" en raison du déclin des herbivores mais aussi de l'augmentation des nutriments.

"Les eaux usées enrichissent l'environnement en carbone, en azote et en phosphore", des boosters pour les algues, précise M. Glasser, expliquant que dans les îles, "le modèle de l'assainissement collectif n'est pas adapté". Y compris, assure-t-il, pour les systèmes de phyto-épuration, qui utilisent les plantes pour l'assainissement, qui "ne filtrent que le carbone".


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