Un an après le cyclone Garance, toujours la débrouille pour des habitants sinistrés à La Réunion

© D.R

Adossé à un arbre, à deux pas de la rivière, Patrice ponce frénétiquement un morceau de bois. "Il n'y a plus rien à voir ici, la colline est morte", lâche cet habitant du quartier du Bas de La Rivière, à Saint-Denis, ravagé par le cyclone Garance il y a un an.

Le 28 février 2025, les vents balayaient des dizaines de maisons de l'est de cette île française de l'océan Indien tandis que les eaux emportaient d'autres habitations à Saint-Denis, le chef-lieu de La Réunion. Un an après, les travaux tardent, les indemnisations peinent à arriver et l'amertume des habitants grandit. Ce jour-là, Patrice, qui veut rester anonyme, a regardé sa maison être emportée par les eaux. "J'ai tout perdu", lance-t-il. Depuis, le quinquagénaire, qui n'a pas souhaité être relogé, vit toujours ici. "Je dors à droite, à gauche, je me débrouille", lance-t-il.

Autour de lui, le quartier porte encore les stigmates de Garance. Trois maisons ont été totalement emportées, deux autres en partie avalées et l'eau est montée à plus d'un mètre dans de nombreuses habitations. La route, elle, a disparu sous la crue. À sa place, une piste de terre parsemée de nids de poule. "Tout le bitume est parti pendant la crue. Mais aucun travaux n'a été fait depuis", constate Nathalie, une voisine de Patrice, parlant elle aussi sous couvert d'anonymat. Du côté des logements, le temps semble s'être arrêté également. Car la majorité des habitants de ce quartier populaire vivait dans des habitats non assurés, faute de permis de construire.

Le quartier est situé en zone rouge inondable, mais la plupart des habitants disent être installés ici depuis plusieurs générations. "Mon grand-père, qui a 93 ans, est né ici. Le terrain appartenait à mon arrière grand-père", assure Freddy Jean-Jacques, 43 ans, qui n'a "plus que les murs" de sa maison. Meubles, électroménager, tout a été emporté par la boue. "Je n'ai rien racheté parce que l'endiguement n'a pas été refait. En cas de nouveau cyclone, il se passera la même chose, voire pire", dit cet homme qui s'est installé chez sa mère, "faute de solution".

Pour les autorités, "aucune solution technique pérenne ne permet de maintenir les habitants de La Colline en toute sécurité". En juillet, la municipalité et la préfecture ont acté la destruction de trois habitations "risquant de s'effondrer". Une décision vécue comme une injustice par certains. "Personne n'a envie de quitter le quartier. Les habitants (...) ont été relogés mais ils ne voulaient pas partir", assure Freddy Jean-Jacques, qui craint que la totalité du quartier ne soit rasé.

- "Chantier colossal" -

À une heure de route vers l'est, Saint-Benoît a subi Garance de plein fouet. Des rafales de 230 km/h ont touché cette commune littorale. Plus d'une centaine de familles y ont été sinistrées. "Des familles hébergées dans les centres d'urgence - des gymnases principalement - ont pu être redirigées vers des logements sociaux", souligne Fabien Hoareau, directeur du centre communal d'action sociale (CCAS), mais plusieurs sont toujours sans solution stable.

"Il y a eu énormément d'habitations touchées, les dégâts sont importants et même si le CCAS a mis en place un dispositif d'amélioration de l'habitat, le chantier est colossal", note Fabien Hoareau, reconnaissant qu'il "reste beaucoup à faire". L'État a pourtant mobilisé le fonds de secours d'extrême urgence pour apporter un soutien financier aux foyers les plus en difficulté: 1,9 million d'euros ont été distribués à près de 4.000 foyers sinistrés, selon la préfecture de La Réunion.

Soit, en moyenne, moins de 500 euros par foyer pour couvrir rééquipement, mobilier, électroménager et les premiers travaux d'urgence.


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