
Normes européennes, fiscalité automobile, octroi de mer, logistique portuaire, vie chère et fragilité des entreprises ont largement occupé les débats lors de l’assemblée générale du SICR. Une édition particulière puisqu’elle marquait également la fin de la présidence de Philippe Alexandre Rebboah, après quatre années de mandat.
Pour son dernier discours à la tête de l’organisation professionnelle, le président sortant a dressé le bilan d’une période particulièrement mouvementée. Instabilité politique nationale, succession des gouvernements, inflation, remboursement des PGE, hausse des taux et multiplication des contraintes réglementaires ont accompagné ces quatre années.
« Durant ce mandat, nous avons eu cinq Premiers ministres et six ministres des Outre-mer », a-t-il rappelé, tout en soulignant que le SICR avait continué à « protester », « proposer » et « négocier » sans quitter la table des discussions.
Son principal message aura porté sur la nécessité de changer la manière dont les réglementations sont pensées pour La Réunion.
« La Réunion ne peut plus être gérée comme si elle se trouvait à 500 kilomètres de Paris. Nous sommes l’Union européenne dans l’océan Indien à plus de 9 000 kilomètres de l’Hexagone », a-t-il insisté.
Pour le SICR, les spécificités ultramarines doivent ainsi être intégrées en amont des décisions et non corrigées une fois les textes adoptés.
Des normes européennes sous surveillance
Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, les nouvelles obligations européennes contre la déforestation ou encore les réglementations environnementales inquiètent particulièrement les importateurs.
Philippe Alexandre Rebboah assure partager les ambitions de décarbonation et de traçabilité, mais estime qu’une règle européenne ne produit pas les mêmes conséquences à La Réunion que dans les grands ports continentaux.
L'automobile en fournit, selon lui, une illustration. Le SICR réclame ainsi une adaptation du malus automobile dans les DOM dans le cadre du projet de loi de finances 2027. « Nous ne demandons pas de renoncer à la transition, nous demandons le temps de la réussir », a résumé le président sortant.
Une position à laquelle le préfet Patrice Latron a apporté un écho particulièrement appuyé. Le représentant de l’État a reconnu les difficultés que peuvent provoquer des réglementations conçues loin des réalités ultramarines et rappelé les possibilités de dérogation dont dispose le préfet dans certains dossiers individuels.
Il a également invité les entreprises réunionnaises à davantage utiliser les dispositifs France Simplification lorsqu’une règle administrative ou juridique bloque un projet économique.
Importation et production locale, le SICR refuse l’opposition
Autre message défendu durant cette assemblée générale, l’importation ne devrait pas être systématiquement présentée comme l’adversaire de la production réunionnaise.
Machines, matières premières, emballages, pièces détachées ou équipements nécessaires à l'industrie locale arrivent en grande partie par bateau. Pour Philippe Alexandre Rebboah, la stratégie économique réunionnaise doit donc reposer sur trois piliers complémentaires, « importer, produire, exporter ».
Dans cette équation, le Grand Port Maritime occupe une place stratégique. Les investissements prévus dans le cadre de son projet 2024-2028 doivent notamment accompagner l'évolution des navires, des capacités de stockage, de la zone arrière-portuaire, de la réparation navale et de la décarbonation du transport maritime.
« Une île qui ne maîtrise plus sa chaîne logistique devient une île vulnérable », a averti Philippe Alexandre Rebboah.
Octroi de mer et vie chère
Le président sortant est également revenu sur l’octroi de mer. Le SICR ne demande pas sa disparition, mais souhaite davantage de transparence, une simplification du dispositif, des taux mieux calibrés et un élargissement de son assiette.
La question rejoint directement celle de la vie chère. Philippe Alexandre Rebboah a mis en garde contre une analyse qui ferait des seules marges des importateurs et des distributeurs l'explication des écarts de prix.
Éloignement, taille réduite du marché, fret, stockage, foncier, fiscalité, normes, volumes et intermédiaires participent également à la formation des prix. Pour le SICR, le pouvoir d’achat dépend par ailleurs autant du niveau des revenus et de l'emploi que du prix affiché dans les rayons.
Les entreprises sous pression
L'organisation professionnelle s'inquiète parallèlement de la situation financière des entreprises réunionnaises. Après le Covid, l’inflation, l’augmentation des coûts, le remboursement des prêts garantis par l’État et la remontée des taux, leurs trésoreries restent fragiles.
« Il faut arrêter de considérer l’entreprise comme une variable d’ajustement budgétaire permanente », a lancé Philippe Alexandre Rebboah à l'adresse des décideurs publics.
Avec l'ouverture des discussions budgétaires pour 2027, le SICR demande désormais aux parlementaires ultramarins de défendre une prise en compte plus fine des contraintes économiques locales.
Le préfet reconnaît la nécessité d’adapter
Dans sa réponse, Patrice Latron a lui aussi insisté sur la complexité croissante des normes. Le préfet considère que le rôle de l'État ne consiste plus uniquement à appliquer les lois et règlements, mais également à chercher des solutions lorsque leur combinaison aboutit à des blocages.
Il a notamment évoqué le cas de projets pouvant être paralysés par la superposition de règles environnementales, d'urbanisme ou d'aménagement pourtant poursuivant parfois des objectifs contradictoires.
Le préfet a également reconnu les difficultés particulières que certaines réglementations européennes peuvent provoquer à La Réunion. Pour l'État comme pour les organisations professionnelles, l'enjeu consiste désormais à faire remonter suffisamment tôt ces conséquences auprès de Paris et de Bruxelles.
Le vieux dossier du repos dominical revient sur la table
L'assemblée générale a enfin remis en avant un sujet étonnamment ancien, celui des arrêtés de 1966 encadrant le repos hebdomadaire de certains commerces.
Philippe Alexandre Rebboah a posé directement la question de l'adéquation d'une organisation décidée il y a soixante ans avec les habitudes de consommation, les contraintes logistiques et le fonctionnement des entreprises en 2026.
Patrice Latron a confirmé que le sujet était identifié par les services de l'État. Mais une évolution ne pourra pas être décidée unilatéralement par la préfecture. Elle suppose notamment qu'une volonté suffisamment partagée se dégage entre organisations patronales et syndicales.
Pour sa dernière assemblée générale en qualité de président, Philippe Alexandre Rebboah aura donc laissé au SICR plusieurs dossiers encore ouverts. Avec un même fil conducteur, faire reconnaître qu'une réglementation identique peut produire des conséquences très différentes lorsqu'elle est appliquée à une économie insulaire située à plus de 9 000 kilomètres du continent européen.
Mémento


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