Dette française, le véritable danger n'est pas la faillite, mais l'absence de vision politique par GGLP

Cinquième pays le plus endetté du monde en valeur absolue, la France affiche une dette publique qui approche désormais les 3 600 milliards d'euros selon les dernières données officielles disponibles. Pourtant, contrairement aux discours alarmistes, la situation française ne peut être assimilée à celle de la Grèce avant sa mise sous assistance financière. La France demeure une grande puissance économique, capable de financer ses engagements. Son principal problème réside ailleurs, dans l'accumulation des déficits, l'instabilité des décisions politiques et l'absence d'une stratégie durable. Plutôt que de fragiliser les entreprises et le pouvoir d'achat, le redressement des comptes publics devrait commencer par une réforme profonde du coût de fonctionnement de l'appareil administratif, accompagnée d'une politique économique cohérente susceptible de restaurer la confiance des investisseurs.

Une dette considérable, mais une puissance économique toujours solide

Les chiffres donnent le vertige. Selon les données publiées par l'Insee le 29 septembre 2026, la dette publique française atteignait 3 595,5 milliards d'euros au 30 juin dernier, soit 119 % du produit intérieur brut. En trois mois seulement, elle avait progressé de près de 60 milliards d'euros. À l'échelle mondiale, la France figure désormais parmi les cinq États présentant les montants de dette publique les plus importants. Une position qui interpelle d'autant plus que l'Allemagne, première économie européenne, affiche un endettement inférieur en valeur absolue. Mais ces chiffres, aussi impressionnants soient-ils, ne doivent pas conduire à des conclusions simplistes. Une dette publique ne fonctionne pas comme celle d'un particulier ou d'une entreprise.

Un État ne rembourse généralement pas l'intégralité de ses emprunts en une seule fois. Les obligations arrivant à échéance sont habituellement refinancées par l'émission de nouveaux titres, tandis que les intérêts sont acquittés conformément aux engagements contractés. La véritable question n'est donc pas de savoir si la France possède immédiatement les moyens de rembourser plusieurs milliers de milliards d'euros. Elle consiste à déterminer si elle conserve la capacité d'emprunter dans des conditions soutenables. Sur ce point, la France dispose encore d'atouts considérables. Son économie demeure l'une des plus importantes du monde. Elle bénéficie de grandes entreprises internationales, d'un secteur bancaire développé, d'une épargne privée abondante, d'infrastructures performantes et d'une capacité fiscale significative. La France n'est donc pas un pays économiquement ruiné. Elle est une grande puissance dont les finances publiques se sont progressivement dégradées sous l'effet de déficits répétés et de décisions politiques insuffisamment maîtrisées.

Pourquoi la France ne peut pas être comparée à une entreprise en faillite

Le terme de faillite revient régulièrement dans les discours politiques. Il entretient pourtant une confusion. Contrairement à une entreprise commerciale, l'État français ne peut pas faire l'objet d'une liquidation judiciaire ordinaire. Il dispose d'une continuité institutionnelle, de ressources fiscales et d'un accès à des marchés financiers profonds. Il bénéficie également de son appartenance à la zone euro, dont les institutions disposent aujourd'hui de mécanismes destinés à limiter les crises financières systémiques. Cela ne signifie pas qu'un défaut de paiement soit juridiquement ou économiquement impossible.

Un État peut, dans des circonstances exceptionnelles, suspendre certains remboursements, renégocier ses échéances ou restructurer sa dette. L'histoire économique internationale en fournit plusieurs exemples. Mais un défaut français représenterait un événement financier majeur, susceptible de déstabiliser une partie du système bancaire européen et les marchés obligataires internationaux. Les conséquences seraient telles que les autorités françaises, les institutions européennes et les créanciers auraient de fortes raisons de rechercher des solutions avant d'en arriver à une telle extrémité. La situation actuelle ne correspond donc pas à celle d'un pays ayant perdu tout accès au financement. Le risque français est avant tout celui d'un renchérissement progressif de la dette, qui réduit les marges de manœuvre budgétaires et fragilise la confiance dans les finances publiques.

La France de 2026 n'est pas la Grèce de 2010

La comparaison avec la Grèce mérite d'être examinée sérieusement. Lorsque la crise grecque éclate en 2009 et 2010, Athènes cumule plusieurs difficultés majeures. Les déficits publics ont été largement sous-estimés, les statistiques budgétaires ont perdu leur crédibilité et les investisseurs doutent de la capacité du pays à respecter ses engagements. La Grèce se retrouve progressivement dans l'incapacité de se financer normalement sur les marchés internationaux. Elle doit alors solliciter l'assistance de ses partenaires européens et du Fonds monétaire international, en contrepartie de programmes d'ajustement budgétaire particulièrement contraignants. La France présente une situation fondamentalement différente. Son économie est beaucoup plus importante et diversifiée. Elle dispose d'une base fiscale plus large, d'un système financier développé et d'un marché obligataire profond. Surtout, elle continue de trouver des investisseurs pour financer ses émissions de dette.

Depuis la crise grecque, la zone euro a également renforcé ses mécanismes de gestion des crises, notamment avec le Mécanisme européen de stabilité et les instruments monétaires de la Banque centrale européenne. Ces dispositifs ne garantissent pas automatiquement le remboursement de la dette d'un État membre, mais ils contribuent à réduire certains risques de contagion financière. La différence essentielle tient donc à la confiance. La Grèce avait fini par perdre son accès normal aux marchés. La France conserve cet accès, même si les conditions financières se sont dégradées. Confondre ces deux situations revient à ignorer des différences économiques, financières et institutionnelles considérables.

Une dette aggravée par les crises, mais aussi par l'instabilité politique

L'endettement français ne s'est évidemment pas constitué en quelques années. Il résulte de plusieurs décennies de déficits budgétaires successifs, aggravés par la crise financière de 2008, la pandémie de Covid-19 et les mesures prises pour soutenir les ménages et les entreprises face à l'inflation et à la hausse des prix de l'énergie. Mais la dégradation des comptes publics s'accompagne désormais d'une difficulté supplémentaire, celle de l'instabilité politique.

La dissolution de l'Assemblée nationale en juin 2024 a ouvert une période d'incertitude institutionnelle qui a compliqué l'élaboration d'une stratégie budgétaire durable. Les changements de gouvernement, les compromis parlementaires difficiles, les annonces contradictoires et les réformes régulièrement remises en cause ont contribué à affaiblir la lisibilité de la politique économique française. Comment convaincre durablement les investisseurs lorsque les objectifs annoncés changent au gré des circonstances politiques ? Comment demander aux entreprises d'investir lorsque les règles fiscales et réglementaires sont susceptibles d'être modifiées à chaque nouvelle négociation budgétaire ? Et comment restaurer la confiance des marchés sans présenter une trajectoire financière crédible, accompagnée de mesures précises et d'un calendrier réaliste ? L'absence de visibilité devient elle-même un facteur de risque. La France ne souffre pas uniquement d'un niveau élevé de dépenses publiques. Elle souffre également d'une difficulté persistante à définir une politique économique stable, capable de dépasser les échéances électorales et les intérêts partisans.

Les marchés sanctionnent l'incertitude par des taux d'intérêt plus élevés

Cette perte de visibilité se traduit notamment sur les marchés obligataires. Lorsqu'un État emprunte, les investisseurs évaluent sa capacité future à honorer ses engagements. Plus ils perçoivent de risques, plus ils peuvent exiger une rémunération élevée. Le rendement des obligations françaises à dix ans constitue ainsi un indicateur important de la confiance accordée à la signature de l'État. La comparaison avec l'Allemagne est particulièrement révélatrice. Les obligations allemandes bénéficient traditionnellement d'un statut de référence au sein de la zone euro, notamment grâce à la solidité perçue des institutions, à la profondeur du marché obligataire et à la crédibilité financière du pays.

L'écart entre les rendements français et allemands, appelé spread, permet de mesurer une partie de la prime de risque exigée pour financer la France. Lorsque cet écart augmente, cela signifie que les investisseurs demandent une rémunération supplémentaire pour détenir de la dette française plutôt que des obligations allemandes de même maturité. Il serait toutefois incorrect d'attribuer l'ensemble de cette différence à l'instabilité gouvernementale. Les perspectives de croissance, les déficits, les anticipations d'inflation, les politiques de la Banque centrale européenne et les conditions générales des marchés jouent également un rôle. De même, une hausse des taux ne signifie pas nécessairement que les investisseurs ont cessé d'acheter la dette française. Les émissions continuent de trouver preneur, mais parfois à des conditions moins favorables. L'enjeu est considérable. Une augmentation durable des rendements finit progressivement par renchérir le refinancement de la dette arrivant à échéance. Chaque euro supplémentaire consacré aux intérêts est un euro qui ne peut être affecté à d'autres priorités sans recettes ou emprunts supplémentaires.

L'Allemagne et l'AfD, une leçon sur la réalité des marchés financiers

La situation allemande apporte également un éclairage intéressant sur les relations entre les résultats électoraux et les marchés financiers. L'Allemagne connaît elle aussi de profondes transformations politiques, marquées notamment par la progression de l'Alternative für Deutschland, l'AfD, formation classée à l'extrême droite. Malgré cette évolution, la dette allemande continue de bénéficier d'une confiance supérieure à celle accordée à la dette française. Ce constat mérite d'être souligné dans un contexte où certains discours politiques présentent l'arrivée ou la progression de formations radicales comme une cause automatique de crise financière. Les marchés ne réagissent pas uniquement à une étiquette politique. Ils examinent les programmes économiques, les équilibres institutionnels, les perspectives budgétaires et la capacité réelle des gouvernements à prendre des décisions. Il serait néanmoins tout aussi erroné d'affirmer que les succès électoraux de l'AfD provoquent une baisse des taux allemands. Les rendements obligataires dépendent de nombreux facteurs et une évolution observée après une élection ne démontre pas que cette élection en soit la cause.

La véritable leçon est ailleurs. La confiance des investisseurs repose davantage sur la crédibilité des institutions et la cohérence des politiques économiques que sur les seuls résultats électoraux. Utiliser systématiquement la menace d'une crise de la dette pour effrayer les électeurs, sans analyser les mesures réellement proposées, relève donc davantage de l'argument politique que de la démonstration économique. Inversement, aucun parti ne peut prétendre être à l'abri d'une réaction négative des marchés si son programme apparaît financièrement insoutenable. La stabilité ne signifie pas l'immobilisme politique. Elle suppose avant tout une direction économique compréhensible et des engagements crédibles.

Réduire drastiquement le coût de fonctionnement de l'administration, une priorité nationale

Face à cette situation, une question devrait dominer le débat budgétaire français. Où réaliser des économies durables sans affaiblir les capacités productives du pays ? Depuis plusieurs années, les discussions portent régulièrement sur la suppression d'avantages fiscaux, la réduction des exonérations de cotisations sociales ou l'augmentation des prélèvements sur les entreprises. Cette approche présente un risque majeur. En cherchant à améliorer rapidement les recettes publiques, l'État pourrait fragiliser les acteurs économiques qui contribuent précisément à financer ses dépenses. Une autre priorité mérite d'être placée au premier rang, celle de la réduction structurelle du coût de fonctionnement de l'appareil administratif. La France possède une organisation publique particulièrement complexe, répartie entre administrations centrales, services déconcentrés, collectivités territoriales, établissements publics, agences nationales et multiples organismes intervenant parfois dans des domaines voisins. Cette superposition de structures génère des dépenses immobilières, informatiques, administratives et de gestion qui doivent être régulièrement évaluées. La question n'est pas de supprimer indistinctement des services publics indispensables. Elle est de déterminer pourquoi certaines missions nécessitent autant d'échelons administratifs, de procédures et de structures de contrôle.

Une réforme ambitieuse devrait reposer sur un audit indépendant des dépenses de fonctionnement, la suppression des organismes devenus inutiles, la mutualisation des fonctions administratives et la simplification des procédures. La numérisation devrait également devenir un véritable instrument de productivité, et non simplement une dépense supplémentaire venant se superposer aux organisations existantes. Chaque économie annoncée devrait être accompagnée d'une estimation vérifiable, d'un calendrier d'application et d'une mesure de ses effets sur la qualité du service rendu. Car réduire le coût de l'administration ne signifie pas nécessairement réduire le service public. Une organisation plus simple peut, au contraire, améliorer son efficacité. Il faut néanmoins reconnaître que les dépenses de fonctionnement administratif ne constituent qu'une partie des dépenses publiques. Les retraites, la santé, les prestations sociales et les rémunérations représentent des masses budgétaires considérables. Une réforme administrative, même ambitieuse, ne suffira donc pas à elle seule à résorber les déficits français. Elle devrait cependant constituer un préalable à toute demande d'effort supplémentaire adressée aux entreprises et aux contribuables. Avant de réclamer davantage de ressources à l'économie productive, l'État devrait démontrer qu'il utilise efficacement celles dont il dispose déjà.

Les aides aux entreprises, un calcul qui mérite d'être profondément clarifié

Un autre débat occupe régulièrement l'actualité économique, celui du montant des aides publiques accordées aux entreprises. Les chiffres avancés peuvent atteindre plusieurs centaines de milliards d'euros selon les périmètres retenus. Mais derrière cette présentation se cache une difficulté méthodologique majeure. Les dépenses budgétaires directement versées aux entreprises sont parfois additionnées à des crédits d'impôt, des réductions de TVA, des exonérations de cotisations sociales ou d'autres dispositifs fiscaux. Or, ces mécanismes ne sont pas équivalents. Une subvention directe correspond à un transfert financier. Une réduction fiscale représente une recette non perçue par rapport à un régime de référence. Un allègement de cotisations sociales diminue le coût du travail. Additionner ces montants sans expliquer leur nature peut donner l'impression trompeuse que l'État distribue effectivement aux entreprises des sommes qu'il pourrait récupérer intégralement en supprimant ces dispositifs.

La TVA réduite bénéficie aussi au pouvoir d'achat

L'exemple de la TVA est particulièrement révélateur. Lorsqu'un produit ou un service bénéficie d'un taux réduit, l'objectif peut être de rendre son prix plus accessible au consommateur. La TVA est un impôt sur la consommation, collecté par les entreprises pour le compte de l'État. Une réduction de ce taux ne correspond donc pas à un chèque adressé à l'entreprise. Elle peut permettre de réduire le prix payé par le consommateur et de préserver son pouvoir d'achat. Il faut toutefois distinguer l'objectif du dispositif de ses effets réels. Selon la concurrence et les politiques tarifaires, une partie de l'avantage fiscal peut être conservée par les entreprises sous forme de marge. Cela ne justifie pas pour autant de présenter indistinctement toute réduction de TVA comme une subvention directe aux entreprises. La question pertinente consiste à déterminer quelle part de la réduction bénéficie effectivement aux consommateurs.

Les exonérations de cotisations sociales soutiennent également l'emploi et les salaires

Le même problème se pose avec les allègements de cotisations sociales. Lorsqu'un employeur bénéficie d'une réduction de cotisations patronales, il ne reçoit pas nécessairement une somme d'argent de l'État. Il acquitte un montant inférieur de prélèvements sur les rémunérations. Cette diminution du coût du travail peut favoriser les embauches, préserver certains emplois, améliorer la compétitivité ou faciliter les augmentations salariales. Supprimer ces allègements ne revient donc pas simplement à récupérer une aide financière. Cela augmente d'abord le coût du travail pour les entreprises concernées, avec des conséquences possibles sur l'emploi, les prix, les investissements et, à terme, les rémunérations. Il serait cependant inexact d'affirmer que les cotisations patronales sont directement prélevées sur le salaire net ou que leur suppression augmente automatiquement celui-ci. Le bénéfice économique des allègements peut se répartir entre employeurs, salariés et consommateurs, selon les circonstances. Cette distinction est fondamentale. La France ne peut pas construire une stratégie budgétaire sérieuse en assimilant systématiquement des recettes fiscales non perçues à de l'argent directement distribué aux entreprises. Chaque dispositif doit être évalué selon son coût budgétaire réel, ses bénéficiaires et ses effets sur l'économie. Une suppression généralisée pourrait produire des économies apparentes tout en provoquant des pertes d'emplois, une diminution de l'activité ou une contraction des recettes fiscales. La maîtrise des finances publiques ne doit pas devenir un mécanisme d'affaiblissement de la production nationale.

Le Japon démontre qu'une dette très élevée n'entraîne pas automatiquement une crise

Le Japon constitue un exemple particulièrement instructif. Avec une dette publique représentant une proportion considérable de sa richesse nationale, le pays figure depuis longtemps parmi les États les plus endettés au monde. Pourtant, il n'a pas connu une crise de financement comparable à celle de la Grèce. L'une des explications réside dans la structure de détention de sa dette.

Une grande partie des obligations publiques japonaises est détenue par des institutions financières nationales, des investisseurs résidents et la Banque du Japon. Cette caractéristique contribue à réduire certaines vulnérabilités liées aux mouvements internationaux de capitaux. Le Japon bénéficie également d'une dette essentiellement libellée en yens, monnaie qu'il contrôle dans le cadre de sa propre politique monétaire. Cette situation le distingue de la France, qui partage l'euro avec les autres États membres de la zone euro et ne dispose pas individuellement du pouvoir d'émission monétaire. La comparaison doit donc rester mesurée. La forte détention domestique ne rend pas le Japon invulnérable. Le pays demeure exposé aux conséquences d'une hausse des taux, au vieillissement démographique et à l'augmentation du coût de refinancement. Mais son expérience rappelle une réalité essentielle. Le niveau de dette ne suffit pas à lui seul à mesurer la fragilité d'un État. La nature des créanciers, la monnaie d'émission et la capacité de financement de l'économie nationale sont également déterminantes.

Pourquoi la France devrait davantage vendre sa dette aux Français

La France dispose d'un atout considérable encore insuffisamment exploité dans le débat public, l'épargne de ses habitants. Les ménages français détiennent plusieurs milliers de milliards d'euros de patrimoine financier, répartis entre dépôts bancaires, assurance-vie, placements réglementés et investissements. Une partie de cette épargne contribue déjà au financement de la dette publique, notamment par l'intermédiaire des banques, des compagnies d'assurance et des fonds d'investissement. Mais pourquoi ne pas faciliter davantage l'acquisition directe d'obligations d'État par les particuliers ? Le développement d'une offre simple, accessible et transparente pourrait permettre aux épargnants français de participer plus directement au financement de leur pays. Il ne s'agirait pas nécessairement de créer un nouvel emprunt national exceptionnel, mais de rendre plus accessibles les titres existants, notamment à travers des plateformes adaptées aux particuliers. Cette démarche présenterait plusieurs intérêts. Elle pourrait diversifier les créanciers de l'État, renforcer la participation de l'épargne nationale au financement public et favoriser la circulation d'une partie des revenus obligataires dans l'économie française. Car une part importante de la dette négociable de l'État est actuellement détenue par des investisseurs non résidents. Les intérêts versés à ces créanciers constituent des revenus financiers qui peuvent être transférés hors du territoire national.

À l'inverse, lorsque les obligations sont détenues par des résidents français, les intérêts perçus peuvent être réinvestis, consommés ou épargnés en France. Prenons un exemple. Si 100 milliards d'euros de dette publique étaient détenus par des investisseurs français plutôt que par des investisseurs étrangers, avec une rémunération annuelle de 3,5 %, cela représenterait 3,5 milliards d'euros d'intérêts bruts versés chaque année à des résidents. Ces sommes pourraient contribuer à alimenter l'économie nationale. Cette approche ne supprimerait évidemment pas le coût de la dette pour l'État. Elle ne garantirait pas non plus que l'ensemble des intérêts serait dépensé en France. Par ailleurs, mobiliser davantage d'épargne vers les obligations publiques pourrait réduire les fonds disponibles pour financer certaines entreprises.

L'enjeu serait donc de trouver un équilibre entre financement de l'État et financement de l'économie productive. Mais le principe mérite d'être étudié sérieusement. Pourquoi une nation disposant d'une épargne privée aussi importante devrait-elle dépendre autant des investisseurs internationaux pour financer ses déficits publics ? Une participation accrue des épargnants français pourrait contribuer à diversifier les sources de financement, sans dispenser l'État de réduire ses déficits.

Restaurer la confiance pour faire baisser les taux d'intérêt

La réduction du coût de la dette française ne pourra pas reposer uniquement sur des mesures comptables. Elle nécessite avant tout de restaurer la confiance. Les investisseurs doivent pouvoir identifier une direction économique, comprendre les priorités budgétaires et anticiper les décisions publiques. Une stratégie crédible devrait comporter des objectifs pluriannuels précis, des mesures de réduction des dépenses évaluées indépendamment et un calendrier suffisamment stable pour permettre aux acteurs économiques de s'adapter. La stabilité fiscale constitue également un enjeu essentiel. Les entreprises ne peuvent pas engager sereinement des investissements de long terme si les règles applicables à leurs activités changent régulièrement.

De la même manière, les ménages ont besoin de visibilité sur leur fiscalité, leurs revenus et leurs perspectives économiques. Une politique de redressement durable devrait donc articuler trois exigences. La première consiste à réduire les dépenses publiques inefficaces et à moderniser l'organisation administrative. La deuxième vise à préserver la capacité de production, l'emploi et l'investissement, qui constituent les fondements des recettes fiscales futures. La troisième repose sur une stabilité politique et budgétaire suffisante pour permettre aux investisseurs de croire à la réalisation des objectifs annoncés. Il faut toutefois rappeler que les taux obligataires dépendent aussi de facteurs internationaux, notamment de la politique monétaire européenne et des anticipations d'inflation.  Même une stratégie budgétaire parfaitement crédible ne permettrait donc pas au gouvernement français de déterminer seul le niveau du taux à dix ans. En revanche, elle pourrait contribuer à réduire la prime de risque spécifique exigée pour financer la France.

Une dette qui révèle surtout les limites de la gouvernance politique

La France ne manque ni de ressources économiques, ni de compétences, ni d'entreprises capables de créer de la richesse. Elle dispose d'une épargne abondante, de secteurs industriels de premier plan et d'une place majeure dans les échanges internationaux. Ses difficultés financières ne peuvent donc être expliquées uniquement par une insuffisance de richesse nationale. Elles traduisent également l'accumulation de déficits publics, des choix budgétaires successifs et une difficulté persistante à adapter durablement les dépenses aux ressources disponibles. La crise du Covid-19 a considérablement aggravé l'endettement, mais elle n'en constitue pas l'origine. La dissolution de juin 2024 n'a pas davantage créé la dette française. Elle a toutefois contribué à une période d'incertitude politique susceptible de compliquer la conduite d'une stratégie budgétaire cohérente.

Ce qui inquiète les investisseurs n'est pas simplement l'existence d'un désaccord politique. C'est l'incapacité éventuelle des responsables publics à transformer leurs engagements en décisions durables. L'économie a besoin de prévisibilité. Les finances publiques également. Il ne suffit plus d'annoncer un retour à l'équilibre à une échéance lointaine, sans expliquer précisément comment les dépenses seront maîtrisées. Il ne suffit pas davantage de présenter comme des économies certaines suppressions d'avantages fiscaux dont les effets pourraient fragiliser l'activité économique. Le redressement français exige une réflexion beaucoup plus profonde sur l'organisation de l'État, la productivité de la dépense publique et la capacité du pays à créer durablement de la richesse.

La France n'est pas condamnée à la faillite, mais elle doit retrouver un cap

Le danger ne réside pas dans l'existence même de la dette publique. Tous les grands États empruntent pour financer leurs besoins, lisser leurs dépenses et investir. Le problème apparaît lorsque l'endettement progresse durablement plus vite que les capacités de financement, sans perspective crédible de stabilisation. La France possède encore les moyens économiques et institutionnels d'éviter une crise majeure. Mais ces moyens ne constituent pas un droit à l'improvisation permanente. Les marchés financiers ne demandent pas nécessairement une politique d'austérité aveugle. Ils recherchent avant tout des perspectives de remboursement crédibles et une capacité durable à maîtriser les déséquilibres. C'est pourquoi le débat français devrait moins porter sur la multiplication des annonces spectaculaires que sur la définition d'une véritable stratégie nationale. Réduire les dépenses administratives inutiles, préserver les entreprises, simplifier la fiscalité, encourager l'investissement, mobiliser intelligemment l'épargne nationale et stabiliser les décisions économiques devraient constituer les fondements d'un redressement durable. La France reste une grande puissance économique. Mais une grande puissance ne peut durablement fonctionner sans vision budgétaire, sans prévisions fiables et sans objectifs cohérents. La véritable menace n'est donc pas une faillite annoncée comme inévitable. C'est l'érosion progressive de la confiance, provoquée par l'absence de décisions suffisamment stables et crédibles. Et cette confiance, indispensable pour réduire le coût de la dette, ne se reconquiert ni par des discours alarmistes ni par des promesses électorales. Elle se reconstruit par des résultats.

Les 20 pays les plus endettés du monde en milliards d'euros

Les États-Unis dominent largement le classement mondial des dettes publiques en valeur absolue, devant la Chine et le Japon. La France se situe au cinquième rang, derrière le Royaume-Uni et devant l'Italie et l'Allemagne.

Classement indicatif selon les projections de dette publique brute pour 2026

1. ?? États-Unis – 36 358 milliards d'euros
2. ?? Chine – 19 893 milliards d'euros
3. ?? Japon – 7 988 milliards d'euros
4. ?? Royaume-Uni – 3 943 milliards d'euros
5. ?? France – 3 800 milliards d'euros
6. ?? Italie – 3 382 milliards d'euros
7. ?? Allemagne – 3 143 milliards d'euros
8. ?? Inde – 3 091 milliards d'euros
9. ?? Canada – 2 478 milliards d'euros
10. ?? Brésil – 2 271 milliards d'euros
11. ?? Espagne – 1 833 milliards d'euros
12. ?? Mexique – 1 187 milliards d'euros
13. ?? Singapour – 1 012 milliards d'euros
14. ?? Australie – 959 milliards d'euros
15. ?? Corée du Sud – 937 milliards d'euros
16. ?? Belgique – 757 milliards d'euros
17. ?? Pologne – 665 milliards d'euros
18. ?? Pays-Bas – 570 milliards d'euros
19. ?? Indonésie – 570 milliards d'euros
20. ?? Autriche – 457 milliards d'euros

GGLP


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