
Les principales organisations agricoles et agroalimentaires de La Réunion dénoncent une réduction de près de 24 millions d’euros des crédits destinés aux agricultures ultramarines dans le projet de loi de finances pour 2027. Une décision qui menace directement les filières canne-sucre, élevage, fruits et légumes.
Dans une déclaration commune publiée vendredi 9 octobre, les professionnels accusent l’État de revenir sur ses engagements financiers, maintenus depuis près de vingt ans. Ils dénoncent « un désengagement budgétaire inédit depuis 2008 », alors que le gouvernement prévoit parallèlement un plan d’urgence agricole de 1,3 milliard d’euros, dont les Outre-mer resteraient largement exclus.
La filière canne particulièrement menacée
Les crédits nationaux destinés à la canne-sucre passeraient de 143,4 à 130,2 millions d’euros, soit une diminution de 13,2 millions en un an. L’écart atteindrait 17 millions par rapport aux 147 millions autorisés par l’Union européenne.
Cette réduction menace les revenus des planteurs et l’équilibre économique des sucreries.
« Le monde agricole est en colère. La parole de l’État n’est pas respectée ni vis-à-vis de la filière canne, ni de l’agriculture dans son ensemble, ni de La Réunion », dénonce Jean-François Sababady, coprésident de l’interprofession canne-sucre.
Les éleveurs et producteurs de fruits et légumes redoutent également une diminution des soutiens publics estimée à 5 millions d’euros. La filière banane subirait une réduction supplémentaire de 1,7 million d’euros.
Près de 40 000 actifs concernés à La Réunion
Selon le collectif, La Réunion couvre 75 % de ses besoins en produits frais grâce à sa production locale. L’île compte plus de 6 000 exploitations agricoles et près de 40 000 actifs dans les secteurs agricole et agroalimentaire.
Michel Dijoux, président de l’ADIR, alerte sur les conséquences pour les entreprises déjà fragilisées par l’augmentation des charges et la concurrence des importations.
« Les entreprises ne pourront continuer ainsi bien longtemps, elles le pourront d'autant moins si les budgets sont effectivement revus à la baisse », prévient-il.
Olivier Robert, président de l’ARIBEV, dénonce également la contradiction entre les ambitions de souveraineté alimentaire et la réduction des aides, rappelant que « soutenir la production locale, c’est aussi préserver le pouvoir d’achat des Réunionnais ».
Une enveloppe de 30 millions d’euros réclamée
Les organisations agricoles demandent au gouvernement de consacrer environ 2 % du plan d’urgence national de 1,3 milliard d’euros aux agricultures ultramarines, soit près de 30 millions d’euros.
Cette enveloppe permettrait de rétablir les crédits menacés et de financer un fonds de développement agricole de 5 millions d’euros pour Mayotte et la Guyane.
Les professionnels réclament également le maintien des aides à la production et le rétablissement de l’enveloppe canne-sucre à 147 millions d’euros.
Pour Olivier Fontaine, président de la Chambre d’agriculture de La Réunion, ces restrictions risquent de compromettre les revenus des familles agricoles et le renouvellement des générations.
À travers cette mobilisation commune, agriculteurs, éleveurs, industriels et professionnels de la pêche défendent un modèle économique indispensable à l’emploi, à la production locale et à la souveraineté alimentaire réunionnaise.
Mémento


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