L’île Maurice et le Royaume-Uni ont défendu mardi leur accord sur la restitution de l’archipel des Chagos, siège d’une base militaire américaine, après que Donald Trump l’a qualifié de « grande stupidité », dans une nouvelle attaque verbale contre l’un de ses plus proches alliés. Cette critique intervient au moment où le président américain menace de rallumer une guerre commerciale avec l’Europe en raison de l’opposition européenne à sa volonté de prendre possession du Groenland.
« Le fait que le Royaume-Uni abandonne une terre extrêmement importante est un acte de GRANDE STUPIDITÉ, et s’ajoute à une très longue liste de raisons de sécurité nationale pour lesquelles le Groenland doit être acquis », a affirmé Donald Trump sur son réseau Truth Social. « De façon stupéfiante, notre “brillant” allié de l’Otan, le Royaume-Uni, envisage actuellement de céder l’île de Diego Garcia, site d’une base militaire américaine vitale, à Maurice, et de le faire SANS AUCUNE RAISON », a-t-il ajouté.
La base de Diego Garcia fut d’une importance stratégique considérable pour le Royaume-Uni et les États-Unis pendant la guerre froide. Elle a joué un rôle majeur dans les deux guerres menées par les États-Unis en Irak (1990-1991, 2003-2011) ainsi que dans les bombardements américains en Afghanistan en 2001. Plus récemment, la base a servi à lancer des attaques de bombardiers B-2 contre les rebelles houthis du Yémen, alliés de l’Iran contre Israël dans la guerre à Gaza.
Londres a immédiatement défendu sa décision. Un porte-parole de Downing Street a affirmé dans une déclaration que l’accord « garantit le fonctionnement de la base conjointe américano-britannique de Diego Garcia pour des générations, grâce à des dispositions solides visant à préserver ses capacités uniques et à empêcher toute intrusion de nos adversaires ».
L’île Maurice a également réagi. « Nous attendons donc que le Royaume-Uni poursuive le processus législatif déjà engagé », a souligné dans un communiqué le ministre mauricien de la Justice, Gavin Glover.
- « Pas revenir en arrière »-
« Nous ne pouvons pas revenir en arrière », et le Parlement britannique, où le texte est actuellement examiné, « ne peut pas annuler (sa) signature », avait également réagi le secrétaire d’État aux relations intergouvernementales, Darren Jones, sur Times Radio.
Selon le texte de mai 2025, le Royaume-Uni restitue les Chagos à Maurice mais conserve un bail de 99 ans sur l’île principale, Diego Garcia, afin de maintenir une base militaire américano-britannique dans cette région stratégique. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait salué à l’époque sur X un accord qui « assure une exploitation à long terme, stable et efficace » de la base de Diego Garcia, jugée « essentielle pour la sécurité régionale et mondiale ».
Mais dans un contre-pied spectaculaire, Donald Trump semble désormais remettre en question ce soutien, malgré l’appel au dialogue avec les États-Unis lancé au sujet du Groenland par le Premier ministre Keir Starmer. Le dirigeant travailliste s’est toujours efforcé de ménager les relations avec le républicain, même si le président américain et son administration critiquent régulièrement sa politique migratoire ou dénoncent des atteintes à la liberté d’expression au Royaume-Uni.
« Il ne fait aucun doute que la Chine et la Russie ont remarqué cet acte de totale faiblesse », a estimé Donald Trump sur Truth Social. Dressant un parallèle entre l’archipel des Chagos et le Groenland, il a ajouté : « le Danemark et ses alliés européens doivent FAIRE CE QUI S’IMPOSE ». Au Royaume-Uni, où l’accord sur les Chagos avait été très critiqué par l’opposition, certains se réjouissent des déclarations du président américain.
« Dieu merci, Trump s’oppose à l’abandon des îles Chagos », a réagi le chef du parti anti-immigration Nigel Farage sur X. « Le président Trump a dit ce que nous répétons depuis toujours : la capitulation sur les Chagos pour 35 milliards de livres proposée par le Labour est un mauvais accord pour le Royaume-Uni et pour notre sécurité nationale », a également affirmé la porte-parole du parti conservateur sur les questions diplomatiques, Priti Patel.
- « Profonde injustice »-
Londres a conservé le contrôle des îles Chagos lorsque Maurice a obtenu son indépendance du Royaume-Uni en 1968. Environ 2 000 habitants de l’archipel ont été expulsés dans les années suivantes, notamment de Diego Garcia, où est installée la base militaire. En 2019, l’Assemblée générale de l’ONU avait demandé au Royaume-Uni de rétrocéder sous six mois à l’île Maurice l’archipel des Chagos, après une décision dans le même sens de la Cour internationale de justice. « Depuis plus de soixante ans, cette situation demeure une source de profonde injustice.
La souveraineté de la République de Maurice sur l’archipel des Chagos est déjà reconnue sans ambiguïté par le droit international et ne devrait plus être sujette à débat », a martelé Gavin Glover.

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