




À Guiyang, capitale de la province du Guizhou, le Centre d’échanges et de découverte de la Zone pilote nationale du big data montre comment cette région du sud-ouest de la Chine entend transformer ses infrastructures numériques en applications concrètes. Tourisme, industrie, santé, artisanat ou recherche scientifique : le parcours illustre une stratégie qui ne se limite plus au stockage massif de données, mais vise à les intégrer dans les activités économiques existantes.
Visité dans le cadre du séminaire journalistique en Chine auquel participe Le Mémento, le centre occupe environ 7 000 m², dont 5 000 m² d’exposition, au sein du Parc national de l’industrie des contenus numériques de Guiyang. Écrans monumentaux, maquettes, objets, systèmes connectés et démonstrations interactives permettent de comprendre comment s’articulent les quatre composantes mises en avant par le Guizhou : puissance de calcul, données, applications et industrie.
Le site remplit quatre fonctions principales : la communication, l’exposition, la découverte interactive et l’éducation. Plusieurs espaces présentent les orientations nationales en matière d’économie numérique, la stratégie suivie par le Guizhou, les infrastructures de calcul implantées sur le territoire, les usages des données ainsi que les questions de sécurité numérique.
L’un des intérêts du centre réside dans la diversité des applications présentées. Le big data n’y apparaît pas comme un secteur isolé, mais comme un outil destiné à accompagner la transformation d’activités déjà présentes dans l’économie.
Dans le tourisme, les données peuvent notamment être mobilisées pour la réservation, la gestion des flux ou l’analyse de l’activité touristique. Dans l’industrie, les systèmes numériques permettent de suivre plus précisément la production et différents paramètres des chaînes de fabrication.
Le secteur des boissons alcoolisées est également cité parmi les exemples. Dans ces processus de production, l’analyse de données peut être utilisée pour mieux suivre certaines étapes de fabrication, stabiliser les procédés et contribuer au contrôle de la qualité.
L’artisanat traditionnel est lui aussi concerné. Des modèles d’intelligence artificielle sont présentés comme des outils susceptibles d’accompagner les artisans dans la conception de motifs de broderie, en associant techniques numériques et savoir-faire traditionnels.
En matière de santé, les plateformes numériques facilitent les échanges d’informations entre professionnels et patients. Ces applications font parallèlement apparaître un autre enjeu central de l’économie de la donnée : la protection des informations personnelles et la sécurité des systèmes qui les hébergent.
Le positionnement actuel du Guizhou s’est construit progressivement. La province a été choisie pour accueillir la première Zone pilote nationale intégrée du big data en Chine, donnant au territoire un rôle expérimental dans le développement des centres de données, des infrastructures numériques et de nouveaux usages économiques des données.
Cette stratégie s’inscrit plus largement dans la transformation économique du Guizhou, organisée autour de plusieurs axes de modernisation, dont l’industrialisation, l’urbanisation, la modernisation agricole et le développement du tourisme.
Le centre de Guiyang retrace cette évolution à travers une chronologie remontant aux premières étapes de cette politique numérique et allant jusqu’aux développements récents liés à l’intelligence artificielle.
Derrière cette stratégie se trouve une infrastructure bien réelle : centres de données, réseaux télécoms, capacités de stockage, serveurs, systèmes de refroidissement et équipements capables de fournir la puissance de calcul nécessaire au traitement de très grands volumes de données.
Cette puissance de calcul est devenue particulièrement stratégique avec le développement de l’intelligence artificielle. Entraîner ou utiliser des modèles complexes nécessite en effet d’exécuter des quantités considérables d’opérations informatiques.
Le développement numérique du Guizhou s’appuie notamment sur la zone de Gui’an, où plusieurs grands groupes technologiques et opérateurs chinois ont implanté des infrastructures.
Huawei, Tencent, China Mobile, China Unicom et China Telecom disposent notamment de centres de données ou d’installations liées au numérique dans cet écosystème.
Huawei apparaît largement dans le parcours présenté à Guiyang, avec des espaces consacrés aux infrastructures de calcul, au cloud, aux réseaux et à l’intelligence artificielle. Le groupe associe également sa présence locale à des activités de formation et d’échanges techniques.
Tencent a pour sa part développé une infrastructure tirant parti des caractéristiques naturelles du territoire. L’implantation d’une partie de ses équipements dans un environnement montagneux permet notamment de profiter de températures plus basses afin de limiter certains besoins de refroidissement, l’un des postes énergétiques majeurs d’un centre de données.
Cette dimension énergétique est loin d’être secondaire. Faire fonctionner des milliers de serveurs produit une importante quantité de chaleur, qui doit être évacuée en permanence. Le climat, la localisation et l’accès à l’énergie constituent donc des facteurs importants dans le choix d’implantation de telles infrastructures.
Le centre présente également le projet chinois connu en anglais sous le nom d’« East-to-West Computing Resource Transfer ».
Son principe consiste à mieux répartir les capacités informatiques à l’échelle du pays. Les grandes métropoles et une grande partie de l’activité économique chinoise se concentrent dans l’est, où les besoins numériques sont particulièrement élevés. Certaines régions de l’ouest disposent de davantage d’espace et de conditions adaptées à l’installation de centres de calcul.
L’objectif est donc de permettre à une partie des traitements informatiques demandés dans l’est du pays d’être effectuée dans ces infrastructures situées plus à l’ouest.
Le Guizhou fait partie de cette architecture nationale. Toutes les opérations ne peuvent toutefois pas être éloignées de leurs utilisateurs de la même manière : certaines applications nécessitent une réponse presque instantanée, tandis que l’entraînement de modèles d’intelligence artificielle, le stockage ou certains traitements massifs peuvent être réalisés à distance.
La visite montre également le changement de nature de l’écosystème numérique du Guizhou. Après une première phase largement associée aux centres de données et au stockage, le territoire cherche désormais à exploiter cette infrastructure pour développer des usages à plus forte valeur ajoutée.
Plusieurs démonstrations sont ainsi consacrées à l’intelligence artificielle, aux grands modèles, à la création numérique ou encore au traitement et à la valorisation des données.
Un espace est notamment consacré à ChinaDataPay, avec une présentation de solutions permettant d’organiser, traiter et transformer des ensembles de données en produits et services utilisables par différents secteurs.
Le développement de l’IA accentue cette nécessité. Un modèle ne repose pas uniquement sur des capacités informatiques : il nécessite aussi d’importantes quantités de données sélectionnées, organisées, nettoyées et parfois annotées avant de pouvoir être utilisées pour son entraînement.
Le centre présente également plusieurs démonstrations de création numérique, notamment des contenus et personnages générés ou assistés par intelligence artificielle. Ces usages montrent la diversification progressive du secteur, désormais présent dans les services, la communication, la culture ou encore certaines activités industrielles.
Une maquette du radiotélescope FAST complète le parcours. Installé dans le Guizhou, ce radiotélescope sphérique de 500 mètres d’ouverture est l’un des grands équipements scientifiques implantés dans la province.
Sa présence dans cette présentation illustre un autre usage des infrastructures numériques : la recherche scientifique génère elle aussi d’importants volumes de données qui doivent être stockés, transférés puis analysés.
L’exemple rappelle que la question du big data ne concerne donc pas seulement les entreprises du numérique. Elle touche également la recherche, l’industrie, la médecine, les services ou l’administration.
Le message porté par le Centre d’échanges et de découverte du Guizhou dépasse finalement la seule accumulation de centres de données.
La province cherche à construire un écosystème dans lequel la puissance informatique alimente les données, les données permettent de développer des applications et ces applications doivent ensuite trouver leur place dans l’économie réelle.
Industrie, tourisme, production agroalimentaire, artisanat, santé ou recherche scientifique servent ainsi de terrains d’application.
Le parcours permet surtout de donner une réalité matérielle à des notions parfois abstraites comme le cloud, le big data ou l’intelligence artificielle. Derrière elles se trouvent des centres de données, des réseaux, des infrastructures énergétiques, des équipements de calcul et des entreprises chargées de transformer les données en usages concrets.
Après avoir construit son positionnement autour du big data, le Guizhou cherche désormais à s’appuyer sur cette infrastructure pour prendre place dans une nouvelle étape de l’économie numérique chinoise : celle de la puissance de calcul et de l’intelligence artificielle appliquées aux activités économiques.
memento.fr


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