
Le procès concernant le transfert vers l’Iran de cinq Boeing 777 provisoirement immatriculés à Madagascar doit reprendre mardi 27 octobre 2026 devant le Pôle anticorruption d’Antananarivo. Parmi les personnes poursuivies figure l’homme d’affaires malgache Mamy Ravatomanga, actuellement détenu à Maurice. Une première audience s’était tenue le 22 septembre avant d’être renvoyée au 27 octobre.
L’affaire porte sur cinq Boeing 777-200 qui avaient obtenu des certificats d’immatriculation provisoire délivrés par l’Aviation civile de Madagascar. Les appareils, qui n’ont jamais rejoint l’île, ont finalement gagné l’Iran en juillet 2025. La justice malgache soupçonne que leur immatriculation dans le pays a servi à permettre leur convoyage dans les espaces aériens internationaux.
Les appareils sont désormais exploités par Mahan Air, compagnie iranienne visée de longue date par des sanctions américaines. Le Trésor américain accuse notamment la compagnie d'être impliquée dans des opérations de transport et d’acquisition liées à des drones et à des armes. Mahan Air est sanctionnée par les États-Unis depuis 2011.
Une accusation de versement de 5 millions contestée
Mamy Ravatomanga est poursuivi dans le dossier malgache pour blanchiment et trafic d’influence. Selon l’ordonnance de renvoi, le témoignage de Singh Khushwinder, présenté comme lié à la société ayant servi à l’immatriculation des avions, met en cause l’homme d’affaires dans le versement présumé de 5 millions d’euros.
Ses conseils contestent cette version et relèvent notamment une différence avec les éléments évoqués dans la procédure mauricienne, où le montant mentionné aurait été de 5 millions de dollars. Ils interrogent ainsi la cohérence des accusations portées contre leur client.
L’ordonnance de renvoi fait également état de photographies d’une réunion qui se serait tenue au Novotel d’Antananarivo. Mamy Ravatomanga y aurait notamment rencontré l’ancien ministre des Transports Valéry Ramonjavelo, des responsables de l’aviation civile ainsi que l’Iranien Hamid Arabnejad.
Ce dernier, ancien dirigeant de Mahan Air, est sanctionné par le Trésor américain depuis 2013, qui lui reproche d’avoir participé aux efforts de la compagnie pour contourner les sanctions internationales.
Les avocats de Mamy Ravatomanga contestent également cet élément, affirmant que la photographie évoquée par les enquêteurs ne lui avait jamais été présentée.
Au total, 33 prévenus et entités sont concernés par la procédure, dont 28 personnes physiques et plusieurs sociétés. Le Pôle anticorruption retient différents chefs d’accusation selon les prévenus, parmi lesquels corruption, blanchiment de capitaux, faux en écriture publique, abus de fonctions ou encore atteinte à la souveraineté de l’État.
Mamy Ravatomanga toujours détenu à Maurice
L’homme d’affaires ne devrait toutefois pas comparaître physiquement à Antananarivo. Il est détenu à Maurice depuis octobre 2025 et fait l’objet dans ce pays d’accusations provisoires, notamment pour blanchiment d’argent et entente en vue de commettre un trafic d’influence.
Sa demande de remise en liberté sous caution a de nouveau été rejetée le 12 octobre 2026. La juridiction mauricienne a notamment retenu des risques de fuite et d’interférence avec l’enquête, sans se prononcer sur sa culpabilité.
Mamy Ravatomanga, 57 ans, dirige le groupe Sodiat, créé en 1990 dans le transport avant de se diversifier dans l’automobile, l’aviation, la sécurité, les médias, le BTP, la santé, l’immobilier, l’hôtellerie ou encore la vanille.
En France, une précédente enquête concernant notamment un trafic présumé de bois de rose avait été classée sans suite en 2023 pour infraction insuffisamment caractérisée. L’homme d’affaires a par ailleurs été entendu en audition libre en juin 2026 dans un autre dossier concernant le commerce de litchis malgaches vers l’Union européenne.
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