Nouvelle-Calédonie : au Sénat, le gouvernement s'accroche à une réforme constitutionnelle sensible

"Entêtement" gouvernemental ou point de départ d'une "stabilité" retrouvée ? Dossier sensible localement, la réforme constitutionnelle sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie est examinée mardi au Sénat, où l'exécutif tentera de défendre un projet décrié et très mal embarqué au Parlement. A partir de 14H30, le Premier ministre Sébastien Lecornu viendra en personne au Palais de Luxembourg pour répondre aux interrogations des sénateurs sur ce projet de loi constitutionnelle, avant un vote prévu dans la soirée.

Le gouvernement espère convaincre le Parlement de "donner sa chance" à ce texte, qui retranscrit deux accords conclus avec la majorité des forces politiques calédoniennes, celui de Bougival (juillet 2025) et celui de l'Elysée-Oudinot, signé en janvier 2026 sous l'égide d'Emmanuel Macron.

Il prévoit notamment la création d'un État calédonien inscrit dans la Constitution française, doté d'une nationalité propre et pouvant être reconnu internationalement. Ces accords permettent d'envisager un nouvel avenir institutionnel pour la Nouvelle-Calédonie, archipel meurtri par les violentes émeutes du printemps 2024, survenues en réaction à un précédent projet de réforme constitutionnelle.

- Pas "d'alternative" ? -

Mais l'opposition des indépendantistes du FLNKS à ces accords, qu'ils jugent incompatibles avec la pleine souveraineté du territoire, complique sérieusement la donne. L'absence de consensus local fait en effet craindre à de nombreux parlementaires un "passage en force" aux conséquences potentiellement néfastes à Nouméa. "Il n'existe aujourd'hui ni alternative ni contre-projet", a toutefois martelé la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou ces derniers jours. Même si le processus est "imparfait", il faut lui "donner sa chance" car "stopper net le projet de loi constitutionnelle, c'est fermer la porte définitivement" au consensus.

Dominé par une alliance entre droite et centristes, le Sénat partage majoritairement ce point de vue et devrait, sauf surprise, adopter le texte. "La voie de la raison, c'est d'accompagner la volonté d'une majorité de partenaires, négociée à Bougival", assume la sénatrice Agnès Canayer (Les Républicains), chargée de piloter l'examen du texte.

Le gouvernement compte sur l'appui du Sénat pour légitimer son action en vue d'un examen qui s'annonce beaucoup plus incertain à l'Assemblée nationale, à partir du 31 mars. Au Palais Bourbon, la gauche et le Rassemblement national devraient, sauf revirement, s'opposer au texte, tandis que beaucoup d'élus ont dit s'attendre à de "l'obstruction" des députés Insoumis pour retarder le vote.

- "Calendrier intenable" -

Sur l'archipel, mi-février, un millier de personnes selon les organisateurs - 400 selon les autorités - s'étaient réunies devant le haut-commissariat de Nouméa pour "faire entendre jusqu'à Paris" leur opposition à la réforme. Et l'UNI, mouvement indépendantiste favorable au texte, voit les défections se multiplier en son sein.

Lundi, Paul Néaoutyine, président de la province Nord et figure historique du Palika, principale composante de l'UNI, a exprimé dans un communiqué son "opposition" aux accords Bougival-Elysée-Oudinot, qui selon lui "marquent une rupture et un recul par rapport à l'accord de Nouméa et ferment la porte à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie".

Dans ces conditions, l'hypothèse de voir le Congrès du Parlement réuni à Versailles dès la mi-avril pour entériner la réforme, date envisagée par le gouvernement, semble hautement improbable. D'autant plus que la majorité des 3/5e, nécessaire pour modifier la Constitution, est loin d'être réunie à ce stade. Les parlementaires socialistes - qui détiennent une grande partie des clés de l'avenir du texte - sont en effet extrêmement réservés.

"Un rejet du projet anéantirait le travail patient de concessions réciproques" enclenché à Bougival, mais le gouvernement s'est "enfermé dans un calendrier intenable", "au lieu de renouer avec la recherche de compromis", a regretté le chef des sénateurs socialistes Patrick Kanner. 

L'ensemble de la gauche semble désormais se résoudre à ce que les élections provinciales se tiennent avant la fin juin, comme prévu, avant d'ouvrir un nouveau cycle de discussions. Ces élections, dont dépend la composition du gouvernement local, ont déjà été reportées à trois reprises depuis 2024. Si la réforme passe, elles doivent à nouveau être reportées à la fin de l'année, pour permettre de "dégeler" le corps électoral, une mesure ultrasensible pour les indépendantistes.

"Si le gouvernement s'entête à vouloir poursuivre ce processus, c'est qu'il veut faire assumer la responsabilité de l'échec au Parlement plutôt qu'à lui", a estimé le député indépendantiste calédonien Emmanuel Tjibaou.


0 COMMENTAIRE(S)

Aucun commentaire pour le moment


ACHETER
un exemplaire
version papier ou PDF
Dernières infos en ligne

22.06.2026 | Réunion

Cigarettes électroniques illicites : La Réunion face à un marché en forte progression



Lire
commentaires Réagir
21.06.2026 | Océan Indien

French bee ouvrira des vols vers les Maldives et le Sri Lanka au départ de Paris-Orly



Lire
commentaires Réagir
21.06.2026 | Maurice

Mahogany Shopping Promenade accueille trois nouvelles enseignes à Beau Plan



Lire
commentaires Réagir
20.06.2026 | France

Cancers et alimentation, ce que révèle l'enquête du Mémento



Lire
commentaires Réagir
18.06.2026 | Réunion

Le jeu vidéo s'affirme comme un outil de transmission culturelle et éducative



Lire
commentaires Réagir
18.06.2026 | Océan Indien

Les Îles Vanille obtiennent un certificat de contribution à la neutralité carbone et renforcent leur stratégie de tourisme durable



Lire
commentaires Réagir
18.06.2026 | Maurice

Le surplus de chocolats de Pâques transformé en sculpture pour sensibiliser à la biodiversité



Lire
commentaires Réagir
16.06.2026 | Océan Indien

The Lux Collective mobilise neuf hôtels de l'océan Indien autour d'une opération commune pour la protection des océans



Lire
commentaires Réagir
14.06.2026 | France

Le groupe EPSA renforce sa présence outre-mer avec l'ouverture d'EPSA Caraïbes



Lire
commentaires Réagir
14.06.2026 | Maurice

Le Rotary Club de Phoenix relance "Lizie avan tou" pour promouvoir le dépistage des maladies de la rétine



Lire
commentaires Réagir
13.06.2026 | Réunion

L'UNAPL Réunion fait du management de la diversité un enjeu de performance et de cohésion sociale



Lire
commentaires Réagir
13.06.2026 | France

Éducation nationale, la démographie scolaire impose le débat budgétaire



Lire
commentaires Réagir
13.06.2026 | Maurice

Lucie Gendronneau s'impose au Constance Mauritius Ladies Open



Lire
commentaires Réagir
13.06.2026 | Océan Indien

Constance Hospitality met à l'honneur ses collaborateurs lors des Passion Awards 2026



Lire
commentaires Réagir
12.06.2026 | Réunion

Patrick Lebreton rejoint le conseil d'administration d'ADN Tourisme



Lire
commentaires Réagir