
Derrière les logos proposés au moment de régler un achat, une bataille se joue sur le coût des transactions. Selon les témoignages recueillis par Les Échos, Visa et Mastercard chercheraient à obtenir "un affichage de leurs logos plus visible au moment du paiement par carte sur leurs sites Internet". Ces demandes suscitent l’inquiétude de commerçants soucieux de préserver leurs marges et leur liberté de choisir un réseau de paiement.
Les méthodes dénoncées dépasseraient la simple recommandation. "Certains vont même jusqu’à brandir des menaces de pénalités", affirme Florence Ségurel, présidente de la commission moyens de paiement de l’Association française des trésoriers d’entreprise. Selon elle, les sanctions évoquées pourraient atteindre "25.000 euros par mois en cas de non-respect de leurs exigences". La Fédération du e-commerce et de la vente à distance confirme avoir reçu des signalements. "Nous prenons ces alertes très au sérieux", indique-t-elle.
L’enjeu est financier. D’après Les Échos, un paiement passant par Visa ou Mastercard coûte "dix fois plus cher au commerçant" qu’une transaction empruntant le réseau français Cartes Bancaires. La présentation des différentes marques sur une page de règlement peut donc avoir des conséquences sur les frais supportés par les enseignes.
Le cadre européen prévoit pourtant que le commerçant "peut sélectionner son réseau de carte par défaut", tout en devant "laisser la possibilité au client de modifier ce choix s’il le souhaite". Mais les modalités d’affichage alimentent les désaccords. Selon les professionnels interrogés, les exigences contractuelles des réseaux américains réduiraient leur marge de manœuvre.
Les deux groupes défendent leurs positions. Visa estime que "les consommateurs doivent pouvoir choisir librement leur mode de paiement". Mastercard assure que ses règles "n’ont pas vocation à orienter le consommateur vers une marque ou une autre". Le groupe précise également, selon Les Échos, n’avoir appliqué à la date de publication aucune pénalité concernant le choix de la marque.
Les autorités françaises suivent ces tensions. "Le sujet est bien étudié en ce moment par nos équipes", indique la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Cette attention ne préjuge toutefois pas des conclusions qui pourraient être tirées des pratiques signalées.
La bataille pourrait aussi gagner les terminaux de paiement. Avec le développement du sans-contact et des portefeuilles mobiles, Visa défend le principe selon lequel "les consommateurs doivent rester maîtres de la manière dont ils paient". Des solutions permettant de sélectionner le réseau directement en caisse sont à l’étude. Dans le commerce, leur intérêt est discuté, notamment en raison du risque d’"allonger les files d’attente en caisse".
Pour Cartes Bancaires, cette rivalité accompagne une ambition de croissance. Le réseau français vise "100 millions de cartes d’ici à 2030", contre "77 millions en 2025", rapporte Les Échos. Son directeur général, Philippe Laulanié, affirme que "la dynamique s’est inversée". Entre maîtrise des commissions, fluidité des achats et liberté de choix, les conditions du paiement deviennent un sujet de confrontation pour toute la filière.
Mémento


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