
En Martinique, les sargasses ne sont plus seulement une nuisance saisonnière. Les arrivages d’algues brunes se multiplient désormais tout au long de l’année, avec des conséquences de plus en plus lourdes pour les habitants du littoral, les collectivités et les infrastructures.
Au Robert, commune particulièrement exposée en raison de sa situation au fond d’une baie, les riverains vivent avec les émanations provoquées par la décomposition des algues. Le sulfure d’hydrogène et l’ammoniac sont notamment mis en cause dans les phénomènes de corrosion observés sur les équipements domestiques, les installations métalliques et les véhicules.
Thierry Lebrun, médecin de 69 ans installé à Pointe Savane, décrit une situation devenue difficile à supporter. "Avant, c'était le paradis ici. Maintenant, c'est l'enfer", témoigne-t-il. Il évoque également des maux de tête et des irritations lorsqu’il est exposé aux émanations. Cofondateur en 2023 de l’Association sargasses Martinique, il estime que la situation s’est nettement aggravée ces dernières années.
Selon l’AFP, quinze ans après les premiers échouements massifs observés aux Antilles, les moyens déployés ne suffisent toujours pas à endiguer le phénomène. Les collectivités ont renforcé les dispositifs de collecte et l’État a engagé plusieurs millions d’euros, mais l’ampleur des arrivages continue de mettre les équipes locales sous pression.
Au Robert, six agents municipaux et une pelle mécanique peuvent être mobilisés pour retirer jusqu’à cinq tonnes d’algues par jour. La commune aurait dépensé plus de 4 millions d’euros en dix ans pour lutter contre les sargasses. Une grande partie de ces dépenses est remboursée par l’État, mais la municipalité considère que cette charge a malgré tout contribué à fragiliser ses finances.
Depuis 2023, le Groupement d’intérêt public Sargasses Martinique coordonne une partie de la lutte. Son budget atteint 4,9 millions d’euros en 2026, dont 2,3 millions consacrés à la collecte en mer et un million à la réalisation de barrages flottants destinés à intercepter les algues avant leur arrivée sur les côtes.
La décomposition commence rapidement une fois les sargasses échouées. Entre 20 000 et 22 000 Martiniquais seraient directement exposés aux gaz dégagés. Aux quinze kilomètres de barrages déjà installés avant la création du groupement doivent s’ajouter dix à douze kilomètres supplémentaires au cours des deux prochaines années.
Ces équipements restent toutefois vulnérables à la houle et à l’accumulation des algues. À la mi-août, certains barrages ont de nouveau cédé au Robert. Le maire Félix Mérine résume les difficultés rencontrées sur le terrain en affirmant que "on bricole à la hauteur de nos moyens".
Autre évolution préoccupante, les échouements ne semblent plus respecter leur ancien calendrier. Ils étaient autrefois principalement observés entre février et octobre. Depuis deux ans, ils se produisent désormais toute l’année. Des modifications des courants associées au réchauffement des eaux pourraient également favoriser l’arrivée des algues sur des secteurs auparavant moins concernés.
Les volumes collectés traduisent cette intensification. Entre le 1er mars et le 20 septembre 2026, 13 100 tonnes de sargasses ont été récupérées en mer, contre 7 000 tonnes sur la même référence donnée pour 2025. Cette augmentation tient à la fois à des arrivages plus importants et au renforcement des moyens de collecte.
Reste enfin la question du stockage. Alors que les projets visant à transformer les sargasses en engrais, bioéthanol ou autres produits tardent à se concrétiser, les espaces disponibles commencent à manquer. Au Robert, le site de Pontaléry approche de la saturation, illustrant une difficulté supplémentaire pour un territoire insulaire où le foncier reste limité.
La situation sera au centre de la quatrième conférence UE-Caraïbes consacrée aux sargasses, organisée les 1er et 2 octobre à Cancun, au Mexique.
Mémento


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