En Guadeloupe, les membres du collectif "L'eau c'est la vie" ont déposé vendredi auprès du parquet de Pointe-à-Pitre 255 nouvelles plaintes pour "mises en danger de la vie d'autrui", dans un archipel confronté depuis des années à une crise profonde de la gestion de l'eau. Ces plaintes s'ajoutent aux 445 précédentes déposées fin septembre, pour un total de 700 plaintes émanant du collectif "L'eau c'est la vie", a indiqué son porte-parole, Thierry Le Lay.
Les 700 plaintes visant les acteurs de la gestion de l'eau sur ce territoire ultramarin seront transférées du parquet de Pointe-à-Pitre au pôle environnement du parquet de Basse-Terre, comme les 300 autres déposées à partir de février 2023 par "La goutte d'eau", un autre collectif citoyen, a précisé leur avocat Emmanuel Daoud. Au printemps 2023, le parquet avait ouvert une enquête préliminaire à la suite de ces premières plaintes, après des décennies de dysfonctionnements dans la gestion de l'eau et de défaillances dans l’entretien des réseaux d’adduction en Guadeloupe.
Le 1er octobre 2025, la chambre criminelle de la Cour de cassation a confié ce dossier et cette première vague de plaintes au pôle sanitaire du tribunal judiciaire de Paris. En parallèle des 255 plaintes déposées vendredi, un "rapport de transmission" a également été présenté au tribunal de Pointe-à-Pitre. Ce document, auquel un journaliste a eu accès, dresse une analyse juridique de la situation et évoque aussi la question des incendies dont l’extinction est entravée par le manque d’eau.
Fin octobre, un incendie à la marina de Saint-François a dévasté plusieurs établissements avant que les pompiers ne puissent l’éteindre, faute d’eau disponible dans les bornes incendies, elles-mêmes mal entretenues, selon le rapport transmis par le collectif. La Guadeloupe connaît des coupures d’eau régulières en raison de décennies de gestion défaillante et de réseaux vétustes. Un organisme unique de gestion de l’eau potable, le SMGEAG, a été créé en 2021 pour redresser la situation, mais il peine à remplir sa mission et traverse de graves difficultés financières et politiques.
Lundi, Ferdy Louisy, président du SMGEAG, a présenté au personnel du syndicat des chiffres alarmants : plus de 72 millions d'euros de déficit prévisionnel pour 2025, 140 millions d'euros de factures impayées depuis la création du syndicat et plus de 100 millions d’euros de dettes pour la seule année 2025.


0 COMMENTAIRE(S)