La Chambre régionale des comptes de La Réunion poursuit son examen de la restauration scolaire dans les lycées publics. Après un premier rapport consacré à la politique conduite par la Région, elle publie de nouveaux audits flash portant sur plusieurs établissements, dont les lycées Ambroise Vollard à Saint-Pierre et Jean-Claude Fruteau à Saint-Benoît.
Selon la note aux rédactions de la Chambre régionale des comptes, l’audit consacré au lycée Ambroise Vollard porte sur les exercices 2021 et suivants. L’établissement dispose d’une cuisine centrale qui produit environ 3 800 repas par jour pour neuf cuisines satellites et un collège du sud de l’île. Il accueille également ses propres demi-pensionnaires et internes.
La mise en place du repas à un euro par la Région, à la rentrée 2023-2024, a profondément modifié l’activité des cuisines scolaires. Pour Ambroise Vollard, la Chambre régionale des comptes relève que “l’activité a fortement progressé” avec “+72,5 % de demi-pensionnaires” et “+30 % de repas produits par la cuisine centrale entre 2021 et 2024”. Cette hausse a permis à la cuisine centrale, déficitaire en 2021, de retrouver l’équilibre financier grâce à l’augmentation de la production et à la revalorisation du prix de vente des repas.
Mais derrière cette amélioration comptable, les fragilités demeurent. La Chambre régionale des comptes estime que “la situation reste néanmoins fragile, dans un contexte de tensions sur les coûts alimentaires”. Elle insiste surtout sur les retards pris en matière de transition alimentaire. À Ambroise Vollard, elle relève des “lacunes importantes” avec des “objectifs EGAlim non atteints”, une “absence de plan de lutte contre le gaspillage alimentaire” et une “absence de tri des biodéchets malgré les obligations légales”. En 2024, 22,9 % des repas commandés n’ont pas été consommés.
Le constat est également sévère pour le lycée Jean-Claude Fruteau. Situé à Saint-Benoît, l’établissement comptait 886 élèves à la rentrée 2024. Sa restauration représente une charge majeure, soit 78 % du budget de l’établissement en 2024. Le lycée dispose d’une cuisine centrale qui approvisionne, depuis août 2023, 16 cuisines satellites de lycées et de collèges situés à Saint-Benoît, Bras-Panon, Saint-André et Sainte-Suzanne.
Là encore, le repas à un euro a eu des effets immédiats. Entre 2022 et 2024, le nombre de demi-pensionnaires a progressé de 43,8 %, les repas servis dans la cuisine satellite de 23,7 % et les repas produits par la cuisine centrale de 31,4 %. La cuisine centrale produit environ 7 000 repas par jour et son activité a progressé de 87,8 % entre 2021 et 2024. Une partie de cette hausse vient aussi du transfert d’une partie de la production du lycée Mahatma Gandhi, dont la cuisine centrale est fermée pour réhabilitation.
L’audit relève cependant plusieurs points faibles. La Chambre régionale des comptes pointe une gouvernance perfectible, avec un comité inter-établissement jamais réuni et l’absence de rapport annuel de gestion de la cuisine centrale. Elle recommande de mettre en place ce comité et d’établir ce rapport dès 2026.
Sur le plan sanitaire, la cuisine centrale du lycée Jean-Claude Fruteau a fait l’objet d’une mise en demeure après un contrôle de la DAAF en avril 2025. Les non-conformités relevées concernaient notamment les locaux et les équipements. Des nettoyages approfondis et des acquisitions de matériel ont permis la levée de cette mise en demeure lors d’une contre-visite en août 2025. La Chambre demande toutefois l’établissement d’un plan de maîtrise des risques pour la cuisine satellite avant la fin du premier semestre 2026.
La question du gaspillage alimentaire revient également avec force. Au lycée Jean-Claude Fruteau, le taux de repas jetés par la cuisine satellite est passé de 22,8 % en 2021 à 12,5 % en 2024, puis 10,6 % au premier semestre 2025. La baisse est réelle, mais l’audit souligne qu’une part importante des repas facturés aux familles n’est toujours pas consommée. La Chambre invite donc l’établissement à assouplir les modalités d’inscription, à étudier un système de réservation à l’avance et à diversifier l’offre proposée aux élèves.
À travers ces audits, la Chambre régionale des comptes montre que le repas à un euro a bien renforcé l’accès à la restauration scolaire. Mais cette hausse de fréquentation met aussi sous tension les cuisines, les équipements, les achats alimentaires et l’organisation des établissements. Le prochain rapport thématique annoncé sur la restauration scolaire dans les lycées publics de La Réunion devrait permettre de mesurer si ces difficultés relèvent de cas isolés ou d’un problème plus général dans le pilotage du service.
Memento

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