Le Pen ou Bardella ? Un appel, deux candidatures

Le procès en appel de Marine Le Pen décidera du nom du favori de la prochaine présidentielle. Affaiblie par sa condamnation en première instance, l’intéressée ne cesse de rappeler son rang de « cheffe » du RN, mais son dauphin Jordan Bardella fait de plus en plus figure de « candidat naturel » du parti d’extrême droite. L’une s’avance au bord du précipice, l’autre patiente aux portes de la gloire. Ainsi va le duo de dirigeants du Rassemblement national, depuis que le couperet de l’inéligibilité s’est abattu sur Marine Le Pen il y a un peu plus de neuf mois.

Un véritable coup de tonnerre pour la patronne du parti à la flamme, qui avait aussitôt juré qu’elle « ne lâcherai(t) rien » lors d’un meeting à Paris avec tout l’état-major du RN et ses alliés en rangs serrés derrière elle. Jordan Bardella le premier fustigeant un verdict « injuste et scandaleux » contre sa mentor afin de « l’éliminer de la course à la présidentielle ». Mais les premières tensions n’ont pas tardé à affleurer. D’abord à cause d’un sondage d’intentions de vote pour 2027, dans lequel la triple candidate n’était au départ pas testée, poussant son lieutenant Jean-Philippe Tanguy à « intervenir » en catastrophe pour faire rectifier le tir.

Au même moment, le « plan B » se déclarait prêt à suppléer la championne « si elle devait être empêchée ». Recadrage instantané : il « aurait vocation à me remplacer (…) si je passais demain sous un camion », avait-elle répliqué. Puis il y eut cette photo de M. Bardella en une de l’hebdomadaire conservateur Valeurs actuelles, avec pour titre « Objectif 2027 ». Et dans la foulée ces propos de Mme Le Pen, en déplacement à Nouméa, « pas sûre » que son cadet « connaisse très bien les problèmes de la Nouvelle-Calédonie ».

Une accumulation de fausses notes, que ni les démentis des porte-parole, ni les proclamations répétées de « loyauté » et « fidélité » de M. Bardella n’avaient suffi à couvrir. Jusqu’à ce que la titulaire adoube officiellement son remplaçant : « Je lui ai demandé de se préparer » à « reprendre le flambeau », lâchait-elle fin juin, après avoir enfin « intégré l’hypothèse (qu’elle) ne puisse pas (se) présenter ».

- La « place » du « chef » -

Dès lors, l’ambiance s’est apaisée, au moins en apparence. La trêve estivale passée, les deux leaders ont retrouvé une ambition commune : provoquer une nouvelle dissolution, après la chute de François Bayrou et les débuts chaotiques de Sébastien Lecornu.

À l’offensive, Marine Le Pen prend alors toute la lumière médiatique et vante le « duo exécutif » qu’elle propose avec Jordan Bardella – elle à l’Élysée, lui à Matignon, et non l’inverse. À ceux qui l’ignorent, elle rappelle que « Le Pen, ça veut dire le chef en breton ». Message bien transmis en interne également, où il a été formellement « acté » à la rentrée entre les équipes du président du parti et de la patronne des députés RN « qu’il fallait que leurs cabinets travaillent ensemble ». Là où « avant il n’y avait rien », sinon une délétère « communication indirecte », selon un cadre mariniste.

Gage de cette sérénité retrouvée, quand un nouveau sondage donne fin novembre M. Bardella vainqueur de la présidentielle face à tous ses concurrents potentiels, Mme Le Pen s’émeut à peine d’avoir disparu des résultats. « Ça ne me traumatise pas », persifle-t-elle, puisque « si je peux être candidate, je le serai ». Pourtant, la victoire tend plutôt les bras à son alter ego, qui profite à plein de la tournée promotionnelle de son deuxième livre. Dans toutes les études, la créature dépasse sa créatrice, non seulement chez les sympathisants RN, mais surtout dans l’électorat de droite traditionnelle, indispensable pour espérer l’emporter.

La faute en partie aux débats budgétaires dans lesquels la députée du Pas-de-Calais s’est empêtrée, revendiquant une ligne « plus sociale » quand son poulain incarne un courant « plus entrepreneurial ». Pour un sondeur, la mue est achevée : « Il était un remplaçant, il est devenu une alternative, aujourd’hui c’est le candidat naturel ». Gare toutefois à la surexposition médiatique, qui révèle quelques failles immédiatement exploitées par des adversaires plus expérimentés.

Marine Le Pen, qui comparaît en appel du 13 janvier au 12 février dans l’affaire des assistants parlementaires européens, « a plusieurs campagnes dans les pattes, c’est pour ça qu’elle reste notre plan A », reconnaît un élu chevronné, soucieux dans le même temps de « crédibiliser un autre candidat possible et probable ». À sa manière, Mme Le Pen y contribue quand elle affirme entre Noël et le Nouvel An que « Jordan Bardella peut gagner à (sa) place ». Mais pour l’instant, la place est occupée.


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