Le groupe minier français Eramet réunit ses actionnaires ce mercredi 27 mai à Paris dans un climat tendu. Selon l’AFP, l’entreprise va leur demander l’autorisation de lancer une augmentation de capital pouvant atteindre 500 millions d’euros, afin de renforcer ses fonds propres après une année 2025 très difficile.
La résolution soumise au vote doit permettre au conseil d’administration d’augmenter le capital de l’entreprise pendant une période de 26 mois. Cette opération avait été annoncée à la mi-février. Elle intervient après une perte nette de 477 millions d’euros en 2025 et dans un contexte d’endettement élevé.
L’approbation de l’opération ne devrait pas créer de difficulté majeure, les deux principaux actionnaires ayant déjà exprimé leur soutien. La famille industrielle Duval détient 37,22 % du capital et 43,5 % des droits de vote. L’État, via l’Agence des participations de l’État et la société FSI Equation, possède 27,13 % du capital et 31,8 % des droits de vote.
La question la plus sensible reste celle de la participation financière des actionnaires à cette augmentation de capital. Les actionnaires disposeront d’un droit préférentiel de souscription, qui leur donne une priorité pour acheter de nouvelles actions. Mais si certains ne participent pas à l’opération, leur part au capital sera mécaniquement diluée.
Plusieurs médias, dont le Financial Times et Les Echos, ont indiqué que la famille Duval étudierait une possible cession de ses parts. Interrogée par l’AFP, elle n’a pas souhaité commenter. Un observateur cité par l’agence estime qu’elle dispose de trois options, souscrire à 100 % “à condition d’avoir les fonds nécessaires”, choisir une souscription “partielle” pour rester un actionnaire important, ou accepter une dilution plus forte.
La participation de la famille Duval représentait environ 10,7 millions d’actions à fin 2025. Sur la base d’un cours de 56 euros observé mardi à la mi-journée, cette part était valorisée autour de 600 millions d’euros.
Du côté de l’État, le soutien à l’opération est confirmé. Bercy indique à l’AFP qu’“Eramet traverse une période complexe sur le plan financier”. Le ministère estime que l’augmentation de capital “vise à redonner des marges de manoeuvre à la société et à sécuriser son avenir”. La même source précise toutefois que “l’État n’envisage pas de racheter la part des Duval”.
Eramet prévoit de lever les fonds dans la deuxième partie de l’année 2026. En parallèle, le groupe a lancé une revue stratégique de son portefeuille et “vise une monétisation ciblée d’actifs”. L’entreprise emploie 10 000 salariés dans 17 pays et produit notamment du manganèse au Gabon, du nickel en Indonésie, des sables minéralisés au Sénégal et du lithium en Amérique latine.
Les difficultés ne sont pas uniquement financières. Au Gabon, les autorités ont annoncé vouloir interdire l’exportation de manganèse brut à partir du 1er janvier 2029, afin de développer une industrie locale de transformation. En Indonésie, les quotas de ventes de nickel prévus pour 2026 sont beaucoup plus faibles que ceux de 2025. Eramet, actionnaire minoritaire de la plus grande mine de nickel au monde, a demandé une révision à la hausse de son quota.
Au Sénégal, l’activité a aussi été perturbée par un incendie survenu fin février. Le groupe indiquait le 23 avril prévoir un redémarrage “progressif et partiel” “à partir de fin avril”. En Nouvelle-Calédonie, Eramet reste propriétaire de la Société Le Nickel, dont les pertes sont intégralement financées par l’État depuis 2024.
À ces tensions industrielles s’ajoutent des secousses managériales. Début 2026, le groupe a connu le départ de Paulo Castellari, directeur général récemment recruté, puis la “dispense” d’activité du directeur financier. Celui-ci a été remplacé mardi par Simon Enochsberg, ancien directeur de cabinet de Christel Bories.
Dans ce contexte, Christel Bories, qui avait dirigé Eramet pendant près de dix ans avant de conserver la présidence du conseil d’administration, a repris la direction générale de manière intérimaire. L’assemblée générale de ce mercredi apparaît donc comme une étape décisive pour restaurer la confiance et donner au groupe les moyens financiers de traverser une période particulièrement délicate.

0 COMMENTAIRE(S)