Mayotte dispose depuis le 22 mai de son premier réseau de transport interurbain. Baptisé M’Safara, ce nouveau service doit relier Mamoudzou aux principales zones de l’île, dans un territoire où les déplacements quotidiens restent fortement pénalisés par les embouteillages et le faible taux d’équipement automobile des ménages, selon l’AFP.
Le réseau démarre avec deux lignes reliant Mamoudzou au sud, vers Chirongui, et au nord, vers Dzoumogné. Deux autres lignes desservent Petite-Terre, où se trouve l’aéroport. D’ici à la fin de l’été, “six lignes supplémentaires doivent ouvrir”, pour atteindre “92 arrêts répartis dans les villages traversés”.
Le lancement était attendu depuis longtemps. “Le projet est né il y a plus de dix ans”, rappelle Moussa Abdou, directeur des transports et de la mobilité au conseil départemental. Le cyclone Chido, qui a frappé l’île le 14 décembre 2024, a encore retardé la mise en service du dispositif.
Dans le 101e département français, la question des transports est devenue centrale. Selon l’Insee cité par l’AFP, “seuls 27% des ménages possèdent une voiture”, contre “81% dans l’Hexagone”. Pourtant, les embouteillages autour de Mamoudzou sont tels que de nombreux habitants quittent leur domicile dès “04H00 du matin” pour espérer arriver à l’heure au travail.
Pour les autorités locales, M’Safara doit d’abord répondre à un besoin social. “L’objectif premier est de permettre à tout le monde de se déplacer”, résume Moussa Abdou. Ali Omar, troisième vice-président de l’Assemblée de Mayotte, estime de son côté qu’il faut “faire des mobilités un levier de cohésion sociale”.
Les premiers usagers semblent accueillir favorablement cette nouvelle offre. Lydia Andriano, qui emprunte déjà le bus plusieurs fois par semaine, explique préférer ce mode de transport à sa voiture. “Avec les embouteillages, je préfère prendre le bus”, confie-t-elle. En découvrant que la ligne dessert désormais le nord, elle ajoute que “c’est encore mieux” et que “c’est bien pour les gens qui habitent dans le nord”.
Pour Madi Saindou Ben, qui testait M’Safara pour la première fois, le réseau peut aussi aider ceux qui n’ont pas de véhicule. “C’est bien pour les gens qui cherchent du travail et qui n’ont pas de véhicule”, estime-t-il. Habitué aux taxis, il résume les trajets quotidiens en voiture avec une formule simple, “la voiture le matin, c’est la galère”.
Le développement du transport collectif reste toutefois confronté à la question de la sécurité. Le réseau départemental complète une offre déjà lancée par la communauté d’agglomération Dembéni-Mamoudzou. Mais cette dernière a dû réduire ses horaires. Initialement prévu jusqu’à 21H00, le service s’arrête désormais à 18H00 après plusieurs incidents. “Plusieurs bus ont été vandalisés en soirée”, indique Mouhamadi Moussa, responsable d’exploitation. Sur une ligne, “six véhicules ont reçu des jets de pierre dans les zones sensibles”.
Le conseil départemental veut malgré tout maintenir une ambition plus large, avec une circulation prévue jusqu’à 20H00. “On ne peut pas être à la merci de la délinquance. La peur ne doit pas prendre le dessus sur la volonté politique”, tranche Ali Omar. L’élu veut croire que le transport collectif peut aussi offrir une forme de protection, notamment face aux “coupeurs de route”, ces jeunes actifs à la tombée de la nuit.
Reste la question de l’efficacité réelle contre les bouchons. Le trajet entre Mamoudzou et Dzoumogné, annoncé en 30 minutes, a duré “1h20” lors du reportage de l’AFP. Certains usagers restent donc prudents. “Si ce réseau est fait contre les embouteillages, ça ne va pas marcher”, estime Yssouf Dhoimir. Pour lui, le bus est “une petite solution pour l’instant”, mais Mayotte a surtout besoin de “nouvelles routes”.
Au terminus de Dzoumogné, les premiers curieux viennent chercher un ticket gratuit ou des informations. Les débuts sont encore timides, mais le réseau commence à trouver ses usagers. Madi Saindou Ben prévoit déjà de reprendre le bus le lendemain. “Je vais réutiliser le bus pour rentrer chez moi”, explique-t-il, avant de reconnaître que “c’est quand même moins fatigant en bus qu’en voiture”.

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