
Alors que le Grand Boucan s’apprête une nouvelle fois à rassembler des dizaines de milliers de personnes dans les rues de Saint-Paul, il rappelle quelque chose de précieux : à La Réunion, les cultures se vivent au grand jour. Ici, les identités ne restent pas confinées à la sphère privée. Elles défilent, s’illuminent et se partagent pendant le Dipavali, l’Eid al-Fitr, le Nouvel an chinois ou les fêtes chrétiennes. Chacun peut regarder, découvrir, participer. Cette visibilité change beaucoup de choses. Les peurs et les fantasmes prospèrent souvent là où l’on connaît mal l’autre, ou uniquement à travers des récits et des projections. Le penseur Édouard Glissant voyait dans la relation à l’autre une richesse plutôt qu’une menace. Peut-être est-ce aussi ce que La Réunion continue de montrer : une société où les différences coexistent sans avoir besoin de s’effacer. À l’heure où certains débats nationaux semblent considérer que les croyances et les cultures devraient se vivre discrètement, presque invisiblement, La Réunion rappelle qu’une identité partagée ne se construit pas forcément dans l’effacement des différences, mais aussi dans leur connaissance mutuelle. Le vivre-ensemble ne tient pas uniquement à des principes. Il repose aussi sur des moments, des lieux et des habitudes qui permettent encore aux cultures de se rencontrer réellement. Et c’est exactement cela qu’il faut continuer à préserver.


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