
Alors que les territoires ultramarins représentent 4 % de la population française, leurs médias ne bénéficient que de 0,2 % des dépenses publicitaires de l'État. Une disproportion considérable que dénoncent les professionnels de la communication et onze parlementaires. À quelques mois d'une réforme nationale prévue en janvier 2027, ils réclament une enveloppe minimale de 28 millions d'euros pour garantir aux Outre-mer un traitement équitable dans les campagnes publiques.
La réforme de la communication de l'État, annoncée pour janvier 2027, suscite de vives inquiétudes dans les territoires ultramarins. Dans une tribune collective, Soufyaan Babaï, président du Club Outre-mer de l'Association des agences conseil et création (AACC), Mario Lechat, président du Syndicat des professionnels de l'audiovisuel d'Outre-mer (SPADOM), et onze sénatrices et sénateurs interpellent le gouvernement sur les risques d'une marginalisation des médias locaux.
Les signataires soutiennent les ambitions de « sobriété, de lisibilité et d'efficacité » de la réforme, mais demandent des garanties concrètes pour que les populations ultramarines ne soient pas les grandes oubliées de cette réorganisation.
Seulement 0,2 % des dépenses publicitaires pour 2,8 millions de Français
Les chiffres avancés sont particulièrement révélateurs. Selon l'Observatoire de la publicité DOM 2025, réalisé par Média Conseil, les médias ultramarins ne captent que 0,2 % des dépenses publicitaires de l'État, alors que les territoires concernés rassemblent près de 2,8 millions d'habitants, soit 4 % de la population nationale.
Cette différence considérable entre le poids démographique des Outre-mer et leur part des investissements publicitaires publics soulève une véritable question d'égalité territoriale.
Les conséquences dépassent les seules considérations économiques des entreprises de presse et de communication. Cette faible présence publicitaire limite également l'accès des populations aux grandes campagnes nationales, notamment dans les domaines de la santé, de la prévention et de l'accès aux droits.
Pour les signataires, une communication véritablement nationale ne peut ignorer les spécificités géographiques, sociales et culturelles des territoires ultramarins.
Un budget de 700 millions d'euros, dont 28 millions réclamés pour les Outre-mer
Alors que le budget national annoncé pour la communication de l'État atteint 700 millions d'euros, les représentants ultramarins demandent qu'au moins 28 millions soient réservés aux territoires d'Outre-mer.
Cette enveloppe correspondrait à 4 % du budget global, soit une proportion équivalente à leur poids démographique.
Trois garanties sont réclamées au gouvernement. La première concerne la création d'un « budget dédié et protégé d'au moins 28 millions d'euros », accompagné d'une publication annuelle des dépenses réellement engagées dans chaque territoire.
La deuxième porte sur « l'intégration obligatoire des médias ultramarins dans les campagnes nationales », dès leur conception, avec des moyens financiers adaptés aux conditions locales de diffusion.
Enfin, les signataires demandent que les professionnels ultramarins de la communication participent directement aux nouvelles structures chargées de concevoir et de piloter les campagnes de l'État.
Les médias réunionnais directement concernés
À La Réunion, cette revendication concerne l'ensemble de l'écosystème médiatique, notamment la presse écrite, les médias numériques, les radios et les acteurs de l'audiovisuel.
Une meilleure répartition des investissements publics pourrait permettre aux supports locaux de participer davantage aux campagnes nationales, tout en améliorant leur diffusion auprès des Réunionnais.
La question concerne également l'adaptation des messages aux réalités du territoire. Les campagnes conçues exclusivement depuis Paris ne tiennent pas toujours compte des particularités économiques, sociales ou linguistiques de chaque département ultramarin.
Cette mobilisation fait suite à un premier courrier adressé début septembre au Premier ministre par la sénatrice Audrey Bélim, l'AACC et le SPADOM.
À l'approche de l'entrée en vigueur de la réforme, les professionnels attendent désormais des engagements précis du gouvernement. Derrière la répartition des budgets publicitaires se pose une question plus fondamentale, celle de l'égalité d'accès à l'information publique entre les Français de l'Hexagone et ceux des Outre-mer.
Mémento


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