
Le gouvernement français souhaite relancer le dialogue sur l'avenir institutionnel de la Polynésie française. Selon une dépêche de l'Agence France-Presse (AFP) publiée mercredi 14 octobre, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a annoncé devant le Sénat que les élus polynésiens seraient invités à Paris avant la fin de l'année 2026. Une concertation à laquelle l'État refuse toutefois d'associer l'Organisation des Nations unies (ONU), malgré les demandes formulées par plusieurs responsables politiques du territoire.
Interpellée par le sénateur autonomiste Édouard Fritch, la ministre des Outre-mer a précisé la position du gouvernement concernant les discussions sur l'évolution du statut de la Polynésie française.
« Les discussions qui sont menées sur l'avenir institutionnel du territoire doivent l'être directement avec l'État », a déclaré Naïma Moutchou, confirmant que les représentants polynésiens « seront conviés, avant la fin de l'année, à Paris, pour poursuivre les discussions ».
Cette annonce intervient dans un contexte de revendications politiques renouvelées, alors que les différentes sensibilités polynésiennes cherchent à faire évoluer leurs relations avec la République française.
L'ONU écartée des négociations
Début octobre, les dirigeants autonomistes et indépendantistes polynésiens avaient pourtant adopté une position commune devant le comité de décolonisation des Nations unies, à New York.
Ils avaient demandé l'envoi d'une mission d'information internationale en Polynésie française afin d'examiner la situation institutionnelle du territoire. Une proposition catégoriquement rejetée par Paris.
Le président indépendantiste de la Polynésie française, Moetai Brotherson, a depuis assoupli sa position. Sans exiger désormais la présence préalable d'une mission onusienne, il souhaite néanmoins que des représentants des Nations unies puissent assister aux discussions organisées dans la capitale française, « pour venir écouter tout simplement ».
Cette demande reste incompatible avec la position exprimée par le gouvernement, qui privilégie un dialogue direct entre l'État et les élus polynésiens.
Éviter les tensions observées en Nouvelle-Calédonie
De son côté, le sénateur autonomiste Édouard Fritch a insisté sur la nécessité de préserver la stabilité politique et sociale de la Polynésie française.
Se présentant comme un « artisan de paix », il souhaite notamment « éviter le phénomène que nous connaissons dans l'autre pays du Pacifique », en référence aux graves émeutes qui ont secoué la Nouvelle-Calédonie en 2024.
Cette volonté de privilégier le dialogue intervient alors que le camp indépendantiste polynésien connaît lui-même des divergences importantes.
Des indépendantistes divisés sur la stratégie
Le dirigeant historique indépendantiste Oscar Temaru a lancé dimanche une pétition destinée à légitimer une éventuelle « déclaration unilatérale d'indépendance ».
Une initiative rejetée par Moetai Brotherson, qui privilégie la gestion des affaires du territoire et la poursuite des discussions institutionnelles.
« J'ai franchement pas le temps, j'ai un pays à gouverner, j'ai beaucoup d'autres considérations sur mon radar », a réagi le président polynésien sur Polynésie la 1ère.
Ces désaccords illustrent les différences de stratégie au sein du mouvement indépendantiste, entre les partisans d'une rupture politique rapide et ceux qui souhaitent poursuivre les négociations avec Paris.
Un territoire inscrit sur la liste des pays à décoloniser
Située à quelque 18 000 kilomètres de la France hexagonale, la Polynésie française rassemble cinq archipels aux réalités géographiques et économiques très différentes.
Depuis 2013, le territoire figure de nouveau sur la liste des Nations unies des territoires non autonomes à décoloniser, une inscription qui continue d'alimenter les débats sur son avenir institutionnel.
Reste désormais à préciser le calendrier des rencontres. Alors que le gouvernement évoque une réunion avant la fin de l'année, Moetai Brotherson avait indiqué avoir reçu une invitation de l'Élysée pour le début de l'année prochaine.
Cette différence de calendrier devra être clarifiée, tout comme les modalités de participation des responsables politiques polynésiens. Le futur dialogue devra notamment aborder la question sensible des relations institutionnelles entre la Polynésie française et l'État.
Mémento


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