
Le Grand Sud malgache aborde la nouvelle période de soudure dans une situation alimentaire déjà très dégradée. Avec le renforcement d’El Niño et le risque de sécheresse, jusqu’à 3,7 millions de personnes pourraient se retrouver en situation d’insécurité alimentaire aiguë de niveau crise ou supérieur à Madagascar entre octobre 2026 et février 2027. Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que 426 000 personnes pourraient atteindre le niveau d’urgence, principalement dans le Grand Sud.
À Ifotaka, dans la région d’Anosy, les centres nutritionnels prennent déjà en charge des enfants souffrant de malnutrition. Le territoire avait été l’un des principaux foyers de la grave crise alimentaire de 2021-2022, au cours de laquelle certaines familles avaient dû recourir à des aliments de survie faute de récoltes suffisantes.
La situation actuelle intervient avant même le pic de la période de soudure. Le puissant épisode El Niño 2026-2027, qui pourrait compter parmi les plus intenses jamais observés, devrait apporter des conditions plus sèches dans le sud de Madagascar et accentuer la pression sur une agriculture très dépendante des précipitations.
La malnutrition infantile au cœur des inquiétudes
Les perspectives nutritionnelles sont particulièrement préoccupantes. Dans le Grand Sud, près de 270 000 enfants de moins de cinq ans pourraient souffrir de malnutrition aiguë d’ici avril, soit environ 39 % des enfants de cette tranche d’âge selon les projections citées dans les données IPC. À l’échelle plus large du Grand Sud et du Grand Sud-Est, l’IPC estime à environ 502 000 le nombre d’enfants susceptibles de souffrir de malnutrition aiguë entre mai 2026 et avril 2027.
« On n’a jamais vu ça dans le pays avant, donc c’est pire qu’en 2021-2022 », alerte Tania Goossens, directrice du PAM à Madagascar, à propos des projections d’insécurité alimentaire.
À cette pression climatique s’ajoutent la hausse des prix alimentaires et l’insuffisance des financements humanitaires. Le PAM souligne que les mauvaises récoltes répétées, la raréfaction des emplois agricoles et l’augmentation du coût de la nourriture réduisent déjà fortement les capacités des ménages à se nourrir.
L’accès à l’eau, un levier déterminant
Dans cette région où l’agriculture pluviale domine, l’irrigation peut modifier fortement la capacité des exploitants à résister aux sécheresses. Plusieurs programmes misent ainsi sur des forages et des pompes alimentées par énergie solaire. Le PAM et le Japon ont notamment inauguré en septembre 2026 trois pôles agricoles solaires dans le sud du pays pour soutenir la production alimentaire et la résilience des communautés.
Mais ces équipements restent hors de portée financière pour de nombreux foyers. La pauvreté demeure particulièrement élevée à Madagascar, où une grande partie de la population dépend directement de l’agriculture et reste très exposée aux chocs climatiques et économiques
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