
L’Autorité de la concurrence a prononcé, le 15 octobre 2026, une sanction globale de 2 162 599 euros à l’encontre de plusieurs sociétés du groupe mahorais Nel. En cause, deux pratiques d’abus de position dominante dans le secteur de la manutention portuaire au port de Longoni, principal point d’entrée des marchandises à Mayotte. Une décision qui révèle des pratiques ayant pénalisé la concurrence et entraîné des coûts supplémentaires pour les importateurs mahorais.
L’affaire trouve son origine dans l’attribution, en septembre 2013, d’une délégation de service public à Mayotte Chanel Gateway (MCG), société du groupe Nel, pour la gestion et l’exploitation des infrastructures portuaires de Longoni. Cette concession ne comprenait pourtant pas les activités de manutention.
Selon l’Autorité de la concurrence, le groupe Nel aurait progressivement étendu son emprise sur l’ensemble des activités économiques du port, en favorisant notamment sa filiale Manu-Port au détriment des opérateurs concurrents.
Les investigations ont établi que MCG avait empêché la Société Mahoraise d’Acconage de Représentation et de Transit (SMART), manutentionnaire historique du port, d’accéder aux espaces nécessaires au stockage et à la livraison des conteneurs.
Le groupe avait également tenté d'imposer à cet opérateur des conditions de sous-traitance particulièrement contraignantes. Un « contrat de partenariat » signé en décembre 2015 avait ainsi permis au groupe Nel d'exercer un contrôle étroit sur plusieurs aspects essentiels de l'activité de SMART.
Cette stratégie a notamment entraîné la perte de son principal client, CMA-CGM, au profit de Manu-Port, précipitant le redressement judiciaire, puis la liquidation de SMART.
Des prestations facturées sans service réellement rendu
Le second grief concerne directement les importateurs de Mayotte. L’Autorité a constaté que MCG leur imposait des « conditions de transaction inéquitables », notamment en facturant des prestations de livraison de conteneurs pleins et de nettoyage de conteneurs vides sans rapport avec les services effectivement fournis.
Certaines de ces prestations n’auraient même pas été réalisées.
Ces pratiques ont provoqué un renchérissement des coûts supportés par les entreprises importatrices, particulièrement dépendantes des infrastructures portuaires pour leur approvisionnement.
L’Autorité souligne que les importateurs mahorais se trouvaient dans une situation de dépendance vis-à-vis de MCG, leur laissant peu de possibilités de contester les conditions imposées.
Une responsabilité aggravée par la mission de service public
Pour fixer le montant des sanctions, l’Autorité de la concurrence a retenu une circonstance aggravante majeure, la qualité de délégataire de service public de MCG.
Elle rappelle qu’un opérateur investi d’une telle mission dispose d’une « responsabilité particulière de ne pas restreindre la concurrence par des moyens étrangers à la concurrence par les mérites ».
Sur les 2,16 millions d’euros de sanctions, MCG supporte à elle seule plus de 2 millions d’euros, répartis entre les deux griefs. Les autres pénalités concernent notamment Manu-Port, RSM et SNIE, également liées au groupe Nel.
L’Autorité impose enfin à MCG de publier un résumé de sa décision dans les éditions papier et numérique de Mayotte Hebdo.
Cette décision intervient dans un territoire où le transport maritime occupe une place déterminante dans l’approvisionnement des entreprises et des ménages. Elle soulève également la question du contrôle exercé sur les délégataires de service public et des conséquences économiques que peuvent entraîner les restrictions de concurrence dans les infrastructures stratégiques.
Mémento


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