Gestion associative : Association Saint-François d'Assise – 62 millions d'euros de réserves, mais des investissements médico-sociaux en retard

La Chambre régionale des comptes de La Réunion dresse un bilan contrasté de la gestion de l’Association Saint-François d’Assise (ASFA). Dans ses observations définitives arrêtées le 11 août 2026, les magistrats financiers reconnaissent la solidité financière de cette institution réunionnaise, tout en dénonçant des insuffisances de gouvernance, des rémunérations avantageuses pour les dirigeants et des retards préoccupants dans la réalisation de plusieurs projets destinés aux personnes âgées et handicapées.

Fondée en 1918, l’ASFA constitue l'un des principaux acteurs sanitaires et médico-sociaux de La Réunion. L'association gère douze établissements et services, emploie près de 700 salariés et dispose d'un budget annuel approchant 63 millions d'euros. Son activité est largement financée par des fonds publics, principalement ceux de l'Agence régionale de santé (ARS).

Malgré son importance dans l'accompagnement des populations vulnérables, la Chambre relève « un manque de vision stratégique » et une gouvernance qui peine à assurer pleinement son rôle de contrôle. Depuis 2022, l'association a connu trois directions générales successives, de nombreux départs de cadres et plusieurs conflits sociaux. Cette instabilité aurait contribué au ralentissement des investissements et au report de nouvelles activités.

Des réserves financières considérables

La situation financière de l'ASFA demeure particulièrement solide. À la fin de l'exercice 2025, l'association disposait de 21,9 millions d'euros de trésorerie, de près de 62 millions d'euros de réserves et de 67 millions d'euros de fonds propres.

Mais cette aisance financière constitue paradoxalement l'un des principaux motifs d'interrogation des magistrats.

La Chambre considère que l'accumulation des excédents reflète également des investissements insuffisants et des engagements contractuels non réalisés. Les fonds dédiés à des projets financés mais encore inutilisés atteignaient 11,6 millions d'euros fin 2025.

Parallèlement, les charges d'exploitation ont progressé de 16 % entre 2020 et 2025, contre seulement 12 % pour les produits. Les dépenses de personnel ont augmenté de 20 %, tandis que le résultat net a reculé de près de 57 %.

L'institution reste bénéficiaire, mais ses marges financières se réduisent progressivement.

Une opération immobilière de 6,1 millions d'euros contestée

L'une des principales critiques concerne la résidence Arbre de vie, une opération immobilière réalisée par ASFA Immobilier, filiale commerciale de l'association.

Cette résidence locative, représentant un investissement de 6,1 millions d'euros, devait initialement accueillir des personnes âgées et handicapées autonomes.

Or, sur les 31 logements commercialisés, seulement 12 étaient attribués à des retraités ou à des bénéficiaires de l'allocation aux adultes handicapés au moment du contrôle.

La Chambre considère que cette opération immobilière présente un lien insuffisant avec les missions fondamentales de l'association.

Elle relève également que l'assemblée générale n'a pas été consultée lors de la création de la filiale en 2018, alors qu'une telle décision relevait de ses compétences statutaires.

Les avances financières consenties par l'ASFA à cette société atteignaient 2,7 millions d'euros fin 2025, immobilisant une partie des ressources de l'association.

De son côté, l'ASFA estime que les risques financiers liés à cette opération demeurent « encadrés, gradués et maîtrisables ».

Des équipements médicaux financés mais toujours inutilisés

Les retards constatés dans plusieurs établissements interpellent particulièrement les magistrats.

Au centre d'éducation motrice, une installation de balnéothérapie représentant environ 800 000 euros a été livrée en janvier 2018, mais n'a jamais fonctionné.

À l'hôpital d'enfants, un autre équipement de balnéothérapie, dont le coût atteignait déjà 2,1 millions d'euros, n'était toujours pas achevé en mars 2026, alors que sa livraison était initialement prévue en 2020.

La rénovation de la Maison d'accueil spécialisée de Franche Terre accuse également un retard important. Fin 2025, seulement 30 % de l'enveloppe prévue avait été consommée.

Plus préoccupant encore, l'association a abandonné en 2026 un projet d'établissement d'accueil médicalisé de 25 places au Port, pourtant autorisé depuis juin 2023.

Cette décision intervient alors que les besoins d'accueil des adultes handicapés demeurent particulièrement importants à La Réunion.

L'EHPAD confronté à des difficultés persistantes

La gestion des établissements pour personnes âgées fait également l'objet de critiques.

L'EHPAD Saint-François, qui dispose de 160 places réparties sur deux sites, connaît des difficultés financières récurrentes.

Malgré une amélioration progressive, son déficit atteignait encore 149 072 euros en 2025.

Les magistrats soulignent également l'absence prolongée de contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens avec les autorités de tutelle, alors que la précédente convention est arrivée à échéance en 2020.

Autre exemple, le pôle d'activités et de soins adaptés destiné notamment aux résidents atteints de la maladie d'Alzheimer, financé depuis 2015, n'a été aménagé qu'en 2025. L'ARS n'avait toutefois pas autorisé son ouverture.

La Chambre recommande désormais une programmation pluriannuelle des investissements afin de répondre aux besoins de modernisation de l'établissement.

Des rémunérations de dirigeants en forte progression

Le contrôle relève également une évolution importante des rémunérations des cadres dirigeants.

La rémunération brute annuelle cumulée des trois principaux responsables est passée de 333 590 euros en 2021 à 411 586 euros en 2025, soit une augmentation de 23 %.

Sur cette même période, la rémunération brute attachée à la direction générale a progressé de 42 %, malgré les changements de titulaires.

La directrice générale bénéficie notamment d'un véhicule et d'un logement de fonction.

Les magistrats regrettent que les avantages en nature ne soient pas intégralement mentionnés dans les informations financières publiées et recommandent un contrôle renforcé du conseil d'administration sur ces éléments de rémunération.

Le régime des astreintes administratives est également critiqué. Certains cadres ont dépassé les plafonds autorisés, l'un ayant effectué jusqu'à 207 jours d'astreinte sur une année.

L'association s'est engagée à revoir ces dispositions.

Deux emprunts toxiques qui coûtent cher

Autre difficulté financière, l'ASFA supporte toujours les conséquences de deux emprunts structurés contractés en 2007 pour un montant initial de 15 millions d'euros.

Ces emprunts, indexés sur l'évolution de devises étrangères, représentaient encore 35 % de la dette financière en 2025, mais concentraient 80 % des charges d'intérêts, soit environ 900 000 euros cette année-là.

La Chambre relève que le maintien de ces financements coûteux apparaît peu rationnel au regard de l'importante trésorerie disponible.

L'association a engagé une restructuration de sa dette et décidé en juin 2026 le remboursement anticipé de l'emprunt concernant la Maison d'accueil spécialisée.

Huit recommandations pour redresser la gouvernance

Au terme de son contrôle, la Chambre régionale des comptes formule huit recommandations portant notamment sur la modification des statuts, le contrôle des rémunérations, la transparence des opérations immobilières, la gestion patrimoniale et la programmation des investissements.

Les magistrats reconnaissent néanmoins les améliorations engagées depuis 2024, particulièrement dans la gestion financière, le contrôle interne et la réorganisation administrative.

Ils appellent désormais l'ASFA à déployer une stratégie de développement « à la hauteur des capacités » dont elle dispose.

Dans sa réponse officielle du 10 septembre 2026, le président de l'association, Maximin Assoune, indique avoir pris connaissance des observations définitives et précise que le rapport « n'appelle aucune remarque de notre part ».

Pour cette institution historique du secteur médico-social réunionnais, le principal défi consiste désormais à transformer ses importantes ressources financières en équipements, en nouvelles capacités d'accueil et en services effectivement accessibles aux populations les plus fragiles.

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