


Invité à participer à un séminaire journalistique organisé en Chine, Le Mémento a suivi vendredi 16 octobre 2026 à Beijing ses deux premières conférences. Une journée construite autour de deux approches très différentes : une immersion dans la langue et la culture chinoises le matin, suivie d’une réflexion sur les médias, le numérique et la manière de raconter la coopération sino-africaine l’après-midi.
La première conférence, intitulée « Quand les mots deviennent des histoires : se rencontrer en chinois, se comprendre dans le dialogue », était animée par Ji Keping, professeure associée à l’Université des langues et cultures de Beijing. Francophone, elle a notamment passé trois années à La Rochelle, où elle a participé à la promotion de la culture chinoise au sein de l’Institut Confucius.
L’intervention a pris la forme d’une initiation accessible au mandarin et à l’écriture chinoise. Les participants ont découvert le fonctionnement des quatre tons, dont la variation peut modifier le sens d’un même son, ainsi que l’origine graphique de plusieurs caractères représentant notamment le soleil, la lune, la montagne ou l’eau.
La matinée s’est surtout voulue pratique. Saluer, remercier, demander un prix, négocier, demander l’autorisation de prendre une photo, commander au restaurant ou préciser qu’un plat ne doit pas être épicé : plusieurs expressions ont été travaillées en prévision des différentes étapes du séjour.
Ji Keping a également présenté différents aspects de Beijing et du Guizhou, province du sud-ouest de la Chine qui figure au programme du séminaire. Gastronomie, paysages, villages, patrimoine et traditions des communautés Miao et Dong ont permis d’élargir cette première approche de la langue à celle des cultures locales.
Une entrée en matière volontairement légère, mais qui rappelle aussi l’importance de la connaissance culturelle dans les échanges internationaux. Avant les dimensions économiques, institutionnelles ou professionnelles d’une relation, la compréhension des usages, de la langue et des références de l’autre constitue souvent un premier point de contact.
Le ton a changé dans l’après-midi avec Zhang Jiu’an, de l’Institut d’études sur la Chine contemporaine et le monde du CICG. Sa conférence, consacrée à la manière de « raconter autrement les histoires de la coopération sino-africaine », s’est intéressée aux transformations de la communication internationale et aux nouveaux modes de consommation de l’information.
Le conférencier a décrit un environnement médiatique dans lequel les réseaux sociaux, la vidéo courte, les plateformes numériques, les algorithmes et l’intelligence artificielle occupent une place croissante. Selon l’analyse présentée, le public ne se contente plus de « lire l’actualité » : il attend davantage des récits capables d’expliquer, d’incarner et de donner du contexte.
Zhang Jiu’an a également exposé la perception chinoise de certaines difficultés rencontrées dans la communication internationale. Il a évoqué l’incompréhension, le manque d’expérience directe de la Chine chez certains publics, les différences culturelles, les tensions géopolitiques et ce qu’il considère comme des cadres médiatiques parfois défavorables à son pays. Des analyses présentées comme celles du conférencier, dans un domaine où les lectures et les intérêts peuvent naturellement diverger.
L’un des axes centraux de l’intervention concernait la manière de parler de la coopération sino-africaine. Zhang Jiu’an a plaidé pour un passage des « grands projets » aux « gens ordinaires », afin de mettre davantage en avant les personnes directement concernées : travailleurs, agents portuaires, entrepreneurs africains, salariés locaux d’entreprises chinoises, étudiants, jeunes innovateurs ou familles interculturelles.
Il a également défendu une évolution du récit unilatéral vers davantage de coproduction éditoriale entre médias chinois et africains. Documentaires conjoints, couvertures communes, micro-documentaires, webséries ou projets portés par de jeunes créateurs figurent parmi les formats évoqués.
Cette réflexion rejoint directement les mutations du métier de journaliste. Selon Zhang Jiu’an, les professionnels des médias devront de plus en plus associer culture internationale, compétences numériques, maîtrise des données, compréhension de l’intelligence artificielle et communication interculturelle.
La première journée suivie par Le Mémento à Beijing aura ainsi relié deux dimensions complémentaires du séjour : comprendre la Chine à travers sa langue et ses références culturelles, puis observer la manière dont elle pense aujourd’hui son récit médiatique et sa communication avec le reste du monde.
memento.fr


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