
Le fonctionnement du système éducatif chinois, ses principales réformes et les coopérations engagées avec plusieurs pays africains ont constitué le fil conducteur d’une conférence consacrée à l’éducation. La présentation s’est également intéressée à l’évolution de la formation professionnelle, à la transformation numérique de l’enseignement et, en conclusion, aux nouveaux défis posés par l’intelligence artificielle.
La conférence était assurée par Liu Heping, professeure, directrice de doctorat et fondatrice du STI. Diplômée de l’ESIT en 1996, titulaire d’un master et d’un doctorat, elle a également été nommée chevalier des Palmes académiques en France en 2001. Traductrice et interprète pendant plus de quarante ans, elle a poursuivi parallèlement des travaux de recherche ayant donné lieu à plus d’une centaine de publications.
La présentation a d’abord rappelé l’échelle du système éducatif chinois. Celui-ci compte plus de 440 000 établissements, environ 280 millions d’élèves et 18,7 millions d’enseignants. L’éducation est présentée comme une priorité stratégique nationale, à la fois pour le développement économique et social, la compétitivité du pays et l’équité territoriale.
Le parcours éducatif s’étend de l’enseignement préscolaire à l’enseignement supérieur. Pour 2025, les données présentées font état d’un taux de scolarisation de 92,9 % dans le préscolaire, destiné aux enfants de 3 à 6 ans. L’enseignement obligatoire s’étend sur neuf années et est gratuit, avec un taux de maintien annoncé à 96,1 %. Le taux de scolarisation au secondaire et au lycée atteint 92 %, tandis que celui de l’enseignement supérieur est donné à 61,3 %.
La conférence a également proposé une comparaison avec le système français. En Chine, l’accès à l’université repose notamment sur le Gaokao, concours national d’entrée dans l’enseignement supérieur. Présenté comme un instrument d’équité sociale permettant théoriquement à chaque candidat d’accéder aux études supérieures indépendamment de son origine sociale ou économique, cet examen est aussi associé à une pression importante sur les élèves et leurs familles.
Les chiffres avancés permettent de mesurer l’évolution du dispositif. En 1977, lors du premier examen organisé après la Révolution culturelle, environ 5,7 millions de candidats avaient participé et 273 000 avaient été admis, soit environ 4,8 %. En 2025, le nombre d’inscrits au Gaokao a atteint 13,35 millions, avec un taux d’admission annoncé d’environ 38,5 % dans les universités de premier cycle. Pour l’examen national d’entrée en master, 3,88 millions de candidats étaient recensés en 2025, pour un taux d’admission d’environ 31 %.
Des réformes dites du « nouveau Gaokao » ont été mises en avant afin d’introduire davantage de flexibilité dans les matières évaluées et de réduire le poids d’une épreuve unique. Plus largement, la politique d’universalisation de l’éducation s’appuie sur des dispositifs ciblés : subventions pour les familles à faibles revenus, rénovation des infrastructures scolaires rurales, programmes de rotation et de formation continue des enseignants ou encore repas scolaires gratuits.
Au-delà des résultats académiques, le modèle présenté revendique un objectif de « développement complet » des élèves, combinant développement moral, intellectuel, physique, esthétique et pratique. Les enseignements comprennent également des cours consacrés aux sciences politiques et à la transmission de valeurs collectives et nationales.
Un autre axe concerne l’articulation entre entreprises, universités et formation professionnelle. Les programmes sont adaptés aux évolutions du marché du travail et aux besoins des secteurs industriels émergents. Des établissements et entreprises conçoivent conjointement certains cursus, avec des stages et des projets menés en milieu professionnel. Le modèle repose également sur des enseignants disposant à la fois de compétences pédagogiques et d’une expérience industrielle.
Cette orientation se retrouve dans l’enseignement supérieur. Selon les chiffres présentés, environ 74 % des étudiants inscrits en master suivent des masters professionnels, contre 26 % pour les masters académiques. Au niveau doctoral, les proportions sont inversées : environ 13 % de doctorats professionnels et 87 % de doctorats académiques. La Chine recense par ailleurs 36 catégories de doctorats professionnels, avec de nouveaux dispositifs actuellement expérimentés.
La réforme dite de « double réduction » vise de son côté à diminuer la surcharge scolaire. Elle repose notamment sur la réduction des devoirs à domicile et l’encadrement des cours privés de rattrapage. La présentation fait état d’une diminution de plus de 50 % du temps quotidien consacré aux devoirs pour la majorité des élèves, ainsi que d'une baisse de 4,1 % du taux de myopie. L’objectif affiché est de dégager davantage de temps pour l’activité physique, les pratiques artistiques et les interactions sociales.
La transformation numérique constitue un autre chantier. Des méthodes pédagogiques davantage fondées sur le raisonnement, la créativité et l’autonomie sont encouragées, parallèlement au développement des disciplines STEM – sciences, technologie, ingénierie et mathématiques. Une plateforme nationale d’éducation numérique donne accès à différentes ressources pour le primaire, le secondaire, l’université, la formation professionnelle et l’accompagnement vers l’emploi.
Une partie importante de la conférence a été consacrée à la coopération sino-africaine dans l’éducation. Celle-ci a été présentée autour de trois principes : le partage des bénéfices, le respect des choix éducatifs et des contextes locaux, et le renforcement des capacités des systèmes éducatifs partenaires.
Parmi les principaux dispositifs figurent les Ateliers Luban. La présentation fait état de 17 centres établis en Afrique, dédiés à la formation technique et professionnelle. Elle évoque également des programmes de formation de cadres, de jeunes disposant d'une double compétence associant chinois et métier, ainsi que de techniciens et agents publics, auxquels s’ajoutent des milliers de bourses d’études accordées chaque année à des étudiants africains.
Plusieurs exemples nationaux ont été détaillés. Au Tchad, la coopération porte notamment sur la formation professionnelle, l’élaboration de normes communes et le développement d’infrastructures. En Guinée, un programme sino-guinéen prévoit la formation de 50 étudiants en licence de géologie et mines sur cinq ans.
Au Gabon, les projets présentés concernent la modernisation de la formation professionnelle, l’enseignement supérieur et l’apprentissage du chinois. Au Burkina Faso, l’exemple d’un diplômé d’un programme technologique sino-africain ayant appliqué de nouvelles techniques agricoles pour améliorer le rendement du riz a été cité.
À Djibouti, le premier Atelier Luban d’Afrique, inauguré en 2019, propose notamment des spécialités ferroviaires adaptées à la ligne Addis-Abeba-Djibouti. Selon la présentation, plus de 3 000 employés locaux y ont été formés. L’enseignement du chinois complète le dispositif, avec 388 certificats HSK délivrés au cours des cinq dernières années.
La Réunion figurait également parmi les exemples présentés. La conférence a notamment mentionné les échanges entre le lycée Leconte de Lisle et l’École des langues étrangères de Taiyuan, concernant enseignants et élèves. Ces échanges auraient bénéficié d’une enveloppe de 30 000 euros du conseil régional.
L’Institut Confucius de l’Université de La Réunion a également été cité pour ses formations en chinois, ses préparations intensives au HSK et ses activités culturelles, notamment autour de la calligraphie et de conférences.
La présentation a conclu cette partie sur l’idée d’un modèle fondé sur le partage plutôt que l’imposition, avec l’objectif déclaré d’adapter les coopérations aux réalités locales et de renforcer à la fois les compétences, les échanges culturels et les capacités éducatives.
La dernière partie de la conférence a ouvert la réflexion sur les conséquences de l’intelligence artificielle et de l’AGIpour l’enseignement. Selon les éléments présentés, la simple acquisition de connaissances ne constitue plus l’unique objectif de l’apprentissage, alors que l’autoformation devient de plus en plus accessible et que le marché du travail demande davantage de capacités de compréhension, de résolution de problèmes et d’innovation.
Cette évolution oblige également les enseignants à actualiser régulièrement leurs compétences. Plusieurs risques ont été identifiés : exposition des élèves aux biais des modèles et à la désinformation, perte possible d’esprit critique, difficulté croissante à distinguer les productions humaines des contenus générés par intelligence artificielle et remise en cause des méthodes traditionnelles d’évaluation.
La fracture numérique pourrait parallèlement renforcer certaines inégalités éducatives. À ces enjeux s’ajoutent des interrogations juridiques et éthiques concernant notamment les droits d’auteur sur les données utilisées pour entraîner les systèmes d’IA et la protection des informations personnelles.
La conférence a ainsi présenté un système éducatif chinois engagé simultanément dans la massification de l’accès à l’enseignement, le développement de la formation professionnelle, la numérisation des apprentissages et l’intensification de coopérations internationales, tout en reconnaissant les nouveaux défis liés à l’intelligence artificielle.
memento.fr


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